Suivre Jésus

2ème dimanche TO B

Jean 1, 35-42

Suivre Jésus

 

qu'est-ce qui fait qu'un jour on suit Jésus ?

Qu'est-ce qui fait qu'un jour on s'intéresse à lui ?

Je parle pas de Dieu, concept flou, fourre-tout , que les philosophes du soupçon (Marx, Nietzsche, Freud) ont beau jeu de brocarder

non, je parle de Jésus, l'homme, Jésus de Nazareth

je parle du Christ-Jésus comme dit St Paul, du Messie, du fils de Dieu.

 

Car enfin, il y a lieu de bien faire la différence, entre la foi « naturelle » et la foi chrétienne; l'évangile de ce soir nous invite juste à aller plus loin, et découvrir qu'est-ce qui nous transforme de croyants-pratiquants en disciples de Jésus.

 

Alors, vous vous êtes tranquillement entrain de vous faire baptiser par Jean-Baptiste, vous avez le désir de Dieu, de purification, pcq vous sentez que vous n'êtes pas encore à la hauteur de ce que vous pourriez faire, du potentiel de votre vie que le créateur a déposé en vous ; vous priez, vous vous retirez dans le désert avec le prophète hirsute un peu exigeant qui prêche la conversion, la conversion enfin radicale...

et puis...

et puis vous vous barrez, vous quittez votre super prophète, celui qui pourtant vous avait déjà accompagné spirituellement dans une vie meilleur.

Pourquoi ?

Il a dit : « voici l'agneau de dieu ! »

c'est un peu court, tout de même !!

mais ça remue en vous l'attente que Jean-Baptiste avait réveillé en vos cœurs ; oui, il vous avait prévenu : je suis le serviteur d'un plus grand moi, j'annonce un autre, et Lui, c'est le bon ! C'est le fils de Dieu !

Ça remue en vous l'attente des fils d'Israël, ça remue l'alliance entre ce Dieu étonnant et ce petit peuple de rien du tout perdu en Palestine ;

Ca remue en vous l'attente immémoriale de tous les terriens, qui sentent que la vie qu'ils vivent est signe, ébauche, pierre d'attente d'une vie plus dilatée, encore plus belle...

 

mais pourquoi le croire ?

Vous ne savez pas trop pourquoi croire Jean-Baptiste.... par ce que c'est lui, par ce que vous lui faites confiance, c'est tout ; par ce qu'il dit ce qu'il croit et qu'il croit ce qu'il dit, par ce que c'est cohérent avec la Torah, par ce que c'est cohérent avec votre intuition, à défaut de l'être avec ce que certaines personnes très intelligentes vous ont mis dans la tête sur ce que c'est que quelque chose de vrai...

donc , vous le croyez ; c'est à dire, vous n'êtes certain de rien... mais justement vous le croyez !

 

Et puisque vous le croyez, alors, vous laissez JB et vous suivez celui qu'il annonçait, vous marchez derrière lui, un suiveur, en grec, on appelle ça un disciple, en allemand, on dit Nach-folger (suivre derrière)

et vous en vous foutez de devenir un suiveur, tant pis pour la frime et les amis devant qui ce serait si bien d'être un homme libre, libre de tout lien, de tout maître, de toute influence ;

vous rejetez la soi-disante objectivité , car vous savez avec Heidegger que l'objectivité n'existe pas, que c'est un leurre

votre liberté s'exprime par vos pas : vous décidez de mettre les vôtres dans les siens.

Et pourtant, vous ne savez toujours quasi rien de Lui.

 

 

Alors, Jésus, il le sent... il sent que vous êtes à ses basques ; est-ce que ça l'étonne ? Lui qui n'a pourtant rien demandé ; ça n'a pas l'air ; mais...

mais il se retourne vers vous...

oui, Jésus, l'agneau de Dieu, le fils de l'Homme, le Fils de Dieu, il se tourne vers vous, il tourne vers vous son visage – vous êtes tétanisés de réaliser que dans ce mouvement c'est Dieu lui-même qui s'intéresse à vous, vous y découvrez le plus bouleversant de la Bonne Nouvelle, Dieu se tourne vers vous, l'air de rien, caché dans le banal d'un geste, l'extraordinaire geste de la tendre bonté d'amour de Dieu

et alors, il vous demande ce que vous cherchez ;

il devrait bien le savoir ! C'est quand-même à cause de lui, tout ça

mais non, il a besoin de l'entendre de votre bouche, sinon, ça ne compte pas ; car vous avez une bouche, et lui des oreilles,

ce n'est pas tant qu'il veuille vérifier, au cas où il y aurait eu méprise

mais c'est plutôt pour vous aidez à sortir de vos tripes l'expression de votre attente ; car tant que ça reste dans votre tête, ou même dans vos gestes, mais que ça ne passe par la parole, ça ne suffit pas ; ça, c'est par ce que vous êtes un homme/femme, et que vous rappelez vos cours de philo et les conseils de psycho des magazines : la parole est le spécifique de l'homme ; or lui, le fils de Dieu, il veut que vous soyez le plus spécifique possible, le plus humain possible, le mieux humain possible ; alors il vous fait parler, et quand vous lui parlez, vous appelez ça prière.

Et puis comme vous ne voulez pas paraître trop con devant le fils de Dieu, vous lui donnez une réponse intelligente, mais surtout une réponse un peu mystérieuse qui exprime le fond de votre cœur : vous lui dites que vous avez envie d'en savoir plus sur lui, vous lui dites que vous avez envie que ça ne soit pas juste fugace, comme ça au bord du Jourdain, mais que ça soit du solide, que ça soit une découverte de qui il est en entier, que ça soit une rencontre qui vous marque, et que cette marque de la rencontre en vos cœurs, elle demeure !

Et lui, de répondre : hé bien puisque vous aimez tant vous faire votre propre opinion, et puisque vous me suivez sur les conseils d'un autre, mais que ça vous gêne, et que vous ne croirez vraiment qu'en me rencontrant, qu'en goûtant ma parole et mes gestes, hé bien , venez , continuez à me suivre, mais longtemps, et vous verrez

ce n'est certes pas au présent qu'on verra ! Au présent, il y a « venez », on verra, c'est au futur...

donc, c'est très clair, il vous propose d'y aller sans avoir les réponses, mais justement pour les trouver ;

c'est très clair, il faut vous avancer sans avoir tout découvert ; mais au contraire il vous faut partir pour le suivre ; vous ne découvrirez rien si ne vous devenez pas ses disciples, si vous ne mettez pas vos pas dans les siens.

Alors, l'espérance que vous ouvre cette parole de Jésus est plus grande que vos doutes, vos peurs, vos incertitudes, l'absence de preuve, et vous y allez !

 

frères et sœurs, mes amis, là est notre joie

la joie de la foi

 

amen.

 

 

Date de l'homélie : 
15 Janvier, 2012
Prédicateur : 
Père Loïc Lagadec
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