Une aventure entre Terre et Ciel ...

Une aventure entre Terre et Ciel ...

 

par Geoffroy P.

 

Il y a plusieurs semaines maintenant que Nicolas et Cyprien ont enfourché leur vélo pour un voyage de six mois autour de la Méditerranée « entre terre et ciel ». Ces deux étudiants en architecture à Grenoble ont choisi il y a plus d'un an de partir à l'aventure. Leur objectif: comprendre à leur niveau en quoi l'architecture sacrée des trois religions monothéistes – Christianisme, Judaïsme et Islam- établit une médiation entre terre et ciel dans laquelle l'homme s'élève. C'est avec une soif de construire leur foi, d'aller à la rencontre de l'autre, de se dépasser, de vivre une amitié qu'ils se lancent dans cette formidable aventure.


Avant leur départ, un des reporters d'Isèreanybody? a pu interviewer ces deux amis.

 

 

Comment vous est venue l'idée d'une telle aventure?

 

« Nous avons toujours été attirés par le voyage, le fait de découvrir de nouveaux pays, de nouvelles cultures, aller à la rencontre de l'autre et briser nos idées reçues. Nous souhaitons vivre une amitié vraie, nous dépasser en quittant le confort du quotidien. Mais un simple voyage ne nous suffisait pas. Nous voulons vivre ce périple comme une pause pour apprendre à mieux nous connaître et reprendre après nos études en tant qu'adultes. Ce voyage -c'est sûr- nous fera grandir.

En tant que croyants, nous sommes tous les deux convaincus que l'homme est Corps, Esprit, et Âme. Pour que le voyage soit complet, pour qu'il puisse nous faire grandir vraiment, nous avons voulu y intégrer ces trois dimensions. Les émotions et l'effort sont du domaine du corps; l'architecture qui est un travail intellectuel; et puis bien évidemment, la foi. Partir à la découverte de l'architecture sacrée autour de la Méditerranée nous a semblé être une belle idée pour intégrer pleinement notre foi au projet. »

 

 

Pourquoi avoir choisi l'architecture sacrée?

 

«Nous avons donc construit le projet en mettant nos études au cœur afin d'enrichir notre culture architecturale nécessaire dans le métier que nous exercerons demain. Parce qu'architecte, c'est un métier qu'il faut avoir en soi. Pour nous, l'architecture est une recherche de sens, une recherche du beau; nous désirons ressentir et comprendre la grâce de Dieu que reçoit un architecte quand il construit un édifice sacré. Le but c'est lier ce que nous entreprenons à l'école et ce que nous réaliserons demain dans notre profession, à notre foi commune en Dieu. L'idée, c'est aussi de comprendre de quelles façons les dogmes religieux, une spiritualité, la foi influent sur l'architecture des édifices religieux. Dans quelques jours donc, nous partons explorer l'architecture autour de la Méditerranée; comprendre ce qui est beau... réfléchir sur les fondements de l'architecture sacrée. Pour nous c'est une architecture au service de l'homme puisque le lieu de culte est un lien entre terre et ciel. »

 

 

Vous allez sans doute voir des édifices grandioses et d'autres tout simples, non?

 

« Nous allons pouvoir voir deux cas de figure, c'est vrai. A la fois les lieux de cultes les plus aboutis en terme de technique, au niveau artistique et aussi des églises, des synagogues ou des mosquées toutes simples. Cela nous montrera sans doute à quel point la foi de l'homme est centrale pour que l'édifice sacré puisse être une médiation entre Terre et Ciel. Nous pourrons observer d'autres détails qui seront aussi très intéressants, là nous percevrons l'attachement du croyant à son église qu'elle soit grande et magnifique ou petite et toute simple. L'édifice simple va tout de suite à l'essentiel: la présence de Dieu. Alors que les édifices magnifiques sont, grâce à l'art, une louange au Seigneur. »

 

 

Entre Terre et Ciel, qu'est ce que ça veut dire?

 

L'axe premier de ce voyage, c'est de comprendre -à notre niveau bien sûr- par quels moyens architecturaux un édifice religieux chrétien, juif ou musulman constitue une médiation entre la terre et le ciel. C'est pour cette raison que le projet s'appelle « entre Terre et Ciel ».

Ce sont les techniques de l'architecture qui, en créant une ambiance, permettent cette médiation entre l'homme et le Seigneur. Comme moyens architecturaux il y a les jeux de lumière, les proportions du bâtiment, les couleurs, les rythmes instaurés dans le bâtiment, la symbolique, le cheminement. Quand on se déplace dans une église, par exemple, c'est d'abord un espace sombre et quand on arrive devant l'autel, d'un coup, ça explose de lumière. Nous croyons que c'est la Grâce de Dieu qui a inspiré les architectes.

L'homme en tant que croyant est par nature entre Terre et Ciel. Il a été créé par Dieu et aspire à s'élever vers le Ciel, vers Dieu. Par le baptême, parce qu'il a une âme, l'homme a une part de Dieu en lui, il a reçu l'Esprit Saint. Mais en même temps il reste humain et poussière. L'édifice sacré constitue un médiateur entre la Terre et le Ciel. Dans un lieu de culte il semble qu'on prie plus facilement, et c'est là que l'architecture joue un rôle... par exemple le silence est créé par l'architecture parce que le lieu de culte par son originalité architecturale est en rupture avec le reste de la ville. Les portes de l'église, par exemple, symbolisent l'ouverture sur le monde; ce sont souvent des portes gigantesques... En fait nous nous posons la question de savoir comment la foi et la Grâce ont permit d'élever des édifices sacrés et comment l'architecture sacrée, elle, guide l'homme vers Celui qui l'a créé.»

 

 

Pour comprendre une chose aussi complexe, comment allez-vous vous y prendre?

 

« Déjà nous nous arrêterons dans un lieu de culte environ toutes les trois heures: 'Ce sera trois heures de vélo, un édifice sacré, trois heures de vélo, un lieu de culte…' Nous prendrons des photos, dessinerons des croquis, prendrons des notes... nous visiterons, en fait. De l'itinéraire ressortent, ensuite, trois grandes parties avec des dominantes religieuses. Entre Grenoble et Istanbul, nous croiserons surtout, sur notre route, des églises, même si il y a l'Albanie et le Monténégro où il y beaucoup de musulmans; après entre Istanbul et Tanger, nous verrons des mosquées la plupart du temps; et puis c'est en Israël qu'on visitera la plupart des synagogues. »

 

 

Ça, c'est l'aspect plutôt technique du projet, le côté de l'« esprit ». Comment comptez-vous vivre le côté « âme », la dimension spirituelle?

 

« Alors, il y a plusieurs choses, l'expérience personnelle et l'expérience communautaire... Découvrir comment on est porté vers le ciel quand on prie dans un édifice religieux, nous l'expérimenterons personnellement en entrant dans les édifices religieux. C'est évident que nous allons prier dans chaque lieu de culte que ce soit une église, une synagogue ou une mosquée.

Après, il y a l'expérience de la communauté que nous vivrons en assistant aux offices des trois religions parce que dans l'édifice sacré il y a un rapport à Dieu, bien sûr, mais aussi à la communauté. C'est donc aussi en rencontrant les communautés religieuses et en les voyant vivre dans et autour des lieux de culte que nous pourrons, peut être, comprendre pourquoi l'église, la synagogue, la mosquée jouent ce rôle de médiateur entre Terre et Ciel. Nous, ce que nous aimerions c'est, par exemple, discuter avec un musulman -même si nous ne parlerons pas la même langue- pour se dire que nous croyons en Un Dieu... L'expérience d'un musulman dans la prière, dans sa recherche de Dieu peut énormément aider un chrétien dans son chemin vers Dieu. On peut s'aider à s'élever dans la foi malgré nos différences. Cela nous le vivrons, du moins nous l'espérons.»

 

 

Comment envisager vous d'étudier le dialogue inter religieux?

 

« Par définition notre projet induit l'œcuménisme et le dialogue inter religieux, mais ce n'est pas le but premier. Nous allons être amenés à comparer les religions pour mieux comprendre la façon dont l'architecture traduit une foi, une spiritualité, élève l'homme vers Dieu. C'est à travers l'architecture que nous aborderons que nous nous ouvrirons au dialogue inter religieux. Cependant nous ne nous sommes pas documentés sur ce sujet, puisque pour nous c'est surtout au fil des rencontres, le long des routes que nous allons expérimenter personnellement le dialogue inter-religieux, rien qu'en disant par exemple que nous somme catholiques à des Sunnites. »

 

 

Vous avez prévu des « haltes spirituelles »...

 

«Nous avons prévu une pause de dix jours au Mont Athos, C'est une île en Grèce sur laquelle il y plusieurs monastères orthodoxes. C'est une île qui n'est pas reliée à la vie terrestre; elle est pour le coup entre Terre et Ciel. Là, nous allons vraiment nous immerger dans la dimension spirituelle de notre aventure en vivant avec les moines, en priant avec eux. Mais après, c'est tous les jours que nous pourrons approfondir cette dimension, puisque nous prierons ensemble; c'est tout le voyage qui sera une halte spirituelle ».

 

 

Vous allez donc construire votre foi...

 

Cyprien « Pour ma part j'attends toujours un énorme Boum dans ma foi... je veux vraiment que ce voyage soit un moment ou ma foi sera bien ancrée. La dimension spirituelle est présente dans tous les voyages mais dans notre projet fondé sur l'architecture sacrée le côté spirituel a une place centrale, parce qu'on passera une grande partie de notre temps dans des églises, des mosquées, des monastères, des synagogues. On sera en présence de Dieu 24 heures sur 24... ce sera du sacré en permanence. Et ça c'est génial. On vérifiera la médiation entre Terre et Ciel de l'homme grâce aux lieux de cultes par nous-mêmes. En s'approchant du Seigneur grâce à la prière et aussi grâce à l'architecture, on va mieux comprendre Celui en qui on croit. On souhaite découvrir, dans ce voyage, comment dans notre vie on pourra transmettre notre foi par des moyens architecturaux. »

 

 

Vous êtes donc prêts à partir... pouvez-vous me dire quelque mots sur votre équipement?

 

« Pour nous c'était important d'avoir le même équipement... d'avoir les mêmes moyens. Il faut voir que l'équipement, c'est juste un moyen pour que notre projet réussisse. C'est pour ça que nous avons choisi un bon équipement. Le fait d'avoir exactement les mêmes affaires, ça va nous souder, ça va créer une unité dans le duo. Nous souhaitons aussi interpeler les gens, c'est pour ça que nous nous sommes fait une casquette avec le logo « Entre Terre et Ciel ». Enfin, on voulait jouer la carte de la simplicité parce que pour nous Dieu, on peut le trouver dans le dénuement »

 

 

Nicolas et Cyprien ont enfourché leur vélo le 20 février dernier pour ne plus les quitter pendant six mois. Ils étaient, il y a quelques jours, à Medjugorje en Bosnie Herzégovine et entrerons dans quelques semaines en Grèce... dans plusieurs centaines de kilomètres ils passeront les portes de l'Asie à Istambul... dans des milliers de coup de pédales ils arriveront en terre sainte... Au fur et à mesure des rencontres, des découvertes, des épreuves; au fil des paysages, des églises, des mosquées, des synagogues, ils pourront mieux comprendre ce lien qui pose l'homme entre Terre et Ciel...


Pour suivre ces deux amis vous pouvez bien sûr aller visiter leur blog: http://entreterreetciel.over-blog.com.

 

Geoffroy P.

 

 


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