L'Eglise, une et diverse (Ecclesia Campus)

Ecclesia Campus 2012
Rennes, 4-5 février 2012
Méditation de frère Alois, de Taizé
C’est un bonheur pour nous, les frères de Taizé, d’être venus prier avec vous dans cette belle 
cathédrale.
Ces deux jours, vous réfléchissez sur la place de l’Église parmi les humains, et cette réflexion est 
essentielle car la foi n'est pas un refuge hors du monde. L’Église n'est pas une société à part. Le 
Christ envoie dans le monde celles et ceux qui croient en lui, pour qu’ils soient sel de la terre, 
ferment de confiance et de paix. 
Avec mes frères, nous voudrions exprimer, par la vie de notre petite communauté de Taizé, que la 
confiance en Dieu est inséparable d'une recherche de confiance entre les humains. 
Aucun être humain, aucune société ne peut vivre sans confiance. La confiance n'est pas naïve ou 
facile. Choisir la confiance ne signifie pas fermer les yeux face au mal, mais nous rappeler que le 
Christ nous a laissé en héritage une nouvelle solidarité qui s'étend à toute la famille humaine. 
Quand nous faisons l'expérience de la solidarité avec d'autres, tout proches ou très loin, quand 
nous faisons l'expérience d'appartenir les uns aux autres, et même de dépendre les uns des 
autres, notre vie prend un sens. 
Dans une époque où beaucoup se demandent « quel est vraiment le sens de ma vie? », nous les 
frères, nous voudrions le dire clairement: ce sens se trouve dans la solidarité avec d'autres, vécue 
par des actes concrets. 
Des murs existent entre peuples et continents, entre les chrétiens eux-mêmes. Il y a des murs 
aussi tout près de nous, et jusque dans le cœur humain. Pour faire tomber ces murs, nous 
voudrions chercher à puiser aux sources de la confiance. 
En particulier comment, comme chrétiens, pouvons-nous demeurer séparés entre confessions ou,
à l’intérieur d’une même Église, entre mouvements, ou entre modes de pensée différents ? Nous 
allons jusqu’à ne plus ressentir ces divisions comme un scandale ! Bien sûr, une diversité devra 
toujours exister entre différentes spiritualités et traditions. Mais notre résignation va si loin que 
nous prenons cette diversité comme prétexte pour ne plus chercher une unité visible. 
Chercher l’unité, cela signifie aller les uns vers les autres pour réaliser un échange de dons : 
découvrir le meilleur que Dieu a déposé chez les autres. Cela signifie aussi faire ensemble tout ce 
qui est possible et nous pourrions faire ensemble beaucoup plus que ce que nous pensons. 
Cela signifie surtout prier davantage ensemble. Nous retrouver plus souvent ensemble dans des 
veillées de prière, c’est déjà anticiper l’unité et laisser l’Esprit Saint nous unir. 
Il y a encore d’autres murs que nous souhaiterions faire tomber. L'Évangile nous le rappelle: le 
Christ se fait solidaire des plus pauvres. En ceux qui ont faim, qui sont malades ou abandonnés, il 
nous attend. Comment nous aussi vivre une solidarité avec eux ?
Les ébranlements de l'économie mondiale nous interrogent. Les inégalités croissantes, même à 
l'intérieur des sociétés riches, de même que l'exploitation incontrôlée des ressources de la planète, 
sont des sources de conflits pour demain, elles constituent une lourde hypothèque pour les 
générations futures. Il serait irresponsable de ne pas le voir. 
Les solutions ne seront pas uniquement techniques. Les bouleversements actuels appellent un 
changement de notre existence. Un partage des biens matériels est incontournable. Dans les sociétés riches nous devrons sans doute apprendre à nous contenter d’avoir moins, chercher 
l'épanouissement personnel davantage dans les relations sociales que dans une accumulation de 
biens. 
Cela suppose des renoncements. Mais y a-t-il vraie liberté, y a-t-il bonheur fort et durable sans 
renoncement? 
Créer davantage de confiance entre les humains est une des valeurs les plus nécessaires pour 
trouver de nouvelles formes de solidarité. Mais où est la source de cette confiance ? Pendant ces 
jours à Rennes, pourrions-nous mieux enraciner cette conviction dans la confiance en Dieu ? 
Face aux changements extrêmement rapides de nos sociétés, face aux incertitudes et aux 
difficultés économiques, à nous de rappeler que « l'économique », si important soit-il, n'est pas la 
mesure de l'homme, que la dimension spirituelle est constitutive de l'être humain.
La confiance en Dieu est liée à un combat intérieur, elle ne va pas de soi. Alors le temps n'est-il 
pas venu de poser d'une manière nouvelle la question : que signifie croire en Dieu ? En Jésus, 
Dieu vient vers nous. Il cherche à être proche de chaque être humain. 
Pour accueillir la présence de Dieu en nous, nous ne sommes pas laissés uniquement à nos 
sentiments. Dieu fait appel à notre capacité, même toute petite, de faire confiance. 
Concrètement cela peut vouloir dire : prendre des moments où nous mettons nos soucis au 
deuxième plan, pour créer comme un espace intérieur où laisser Dieu venir. Même si nous ne 
ressentons qu'un vide, l'Esprit Saint vient, et imperceptiblement la confiance en Dieu peut s’élargir. 
L’Évangile nous demande un retournement radical de l’image que nous avons de Dieu : 
reconnaître que Dieu se fait vulnérable, c'est-à-dire qu'il a besoin, lui, d'être aimé. Son amour pour 
nous contient la question : « Et toi, m'aimes-tu? » 
Tous nous pouvons exprimer notre amour pour Dieu, peut-être pas avec des sentiments élevés ou 
des pensées extraordinaires. Mais nous pouvons faire silence et simplement lui dire: « Tu sais que 
je t'aime, tu sais que je voudrais vivre de la confiance en ta présence ». 
Solidarité entre les humains et confiance en Dieu : ces deux valeurs que j’ai voulu souligner ce 
matin sont si importantes que vous pourriez les emmener avec vous pour les creuser davantage. 
Ne pourraient-elles pas, pour certains d’entre vous, constituer comme un vrai projet de vie ?

Ecclesia Campus 2012
Rennes, 4-5 février 2012
Méditation de frère Alois, de Taizé

 

C’est un bonheur pour nous, les frères de Taizé, d’être venus prier avec vous dans cette belle cathédrale.Ces deux jours, vous réfléchissez sur la place de l’Église parmi les humains, et cette réflexion est essentielle car la foi n'est pas un refuge hors du monde. L’Église n'est pas une société à part. Le Christ envoie dans le monde celles et ceux qui croient en lui, pour qu’ils soient sel de la terre, ferment de confiance et de paix. Avec mes frères, nous voudrions exprimer, par la vie de notre petite communauté de Taizé, que la confiance en Dieu est inséparable d'une recherche de confiance entre les humains. Aucun être humain, aucune société ne peut vivre sans confiance. La confiance n'est pas naïve ou facile. Choisir la confiance ne signifie pas fermer les yeux face au mal, mais nous rappeler que le Christ nous a laissé en héritage une nouvelle solidarité qui s'étend à toute la famille humaine. Quand nous faisons l'expérience de la solidarité avec d'autres, tout proches ou très loin, quand nous faisons l'expérience d'appartenir les uns aux autres, et même de dépendre les uns des autres, notre vie prend un sens. Dans une époque où beaucoup se demandent « quel est vraiment le sens de ma vie? », nous les frères, nous voudrions le dire clairement: ce sens se trouve dans la solidarité avec d'autres, vécue par des actes concrets. Des murs existent entre peuples et continents, entre les chrétiens eux-mêmes. Il y a des murs aussi tout près de nous, et jusque dans le cœur humain. Pour faire tomber ces murs, nous voudrions chercher à puiser aux sources de la confiance. En particulier comment, comme chrétiens, pouvons-nous demeurer séparés entre confessions ou,à l’intérieur d’une même Église, entre mouvements, ou entre modes de pensée différents ? Nous allons jusqu’à ne plus ressentir ces divisions comme un scandale ! Bien sûr, une diversité devra toujours exister entre différentes spiritualités et traditions. Mais notre résignation va si loin que nous prenons cette diversité comme prétexte pour ne plus chercher une unité visible. Chercher l’unité, cela signifie aller les uns vers les autres pour réaliser un échange de dons : découvrir le meilleur que Dieu a déposé chez les autres. Cela signifie aussi faire ensemble tout ce qui est possible et nous pourrions faire ensemble beaucoup plus que ce que nous pensons. Cela signifie surtout prier davantage ensemble. Nous retrouver plus souvent ensemble dans des veillées de prière, c’est déjà anticiper l’unité et laisser l’Esprit Saint nous unir. Il y a encore d’autres murs que nous souhaiterions faire tomber. L'Évangile nous le rappelle: le Christ se fait solidaire des plus pauvres. En ceux qui ont faim, qui sont malades ou abandonnés, il nous attend. Comment nous aussi vivre une solidarité avec eux ?Les ébranlements de l'économie mondiale nous interrogent. Les inégalités croissantes, même à l'intérieur des sociétés riches, de même que l'exploitation incontrôlée des ressources de la planète, sont des sources de conflits pour demain, elles constituent une lourde hypothèque pour les générations futures. Il serait irresponsable de ne pas le voir. Les solutions ne seront pas uniquement techniques. Les bouleversements actuels appellent un changement de notre existence. Un partage des biens matériels est incontournable. Dans les sociétés riches nous devrons sans doute apprendre à nous contenter d’avoir moins, chercher l'épanouissement personnel davantage dans les relations sociales que dans une accumulation de biens. Cela suppose des renoncements. Mais y a-t-il vraie liberté, y a-t-il bonheur fort et durable sans renoncement? Créer davantage de confiance entre les humains est une des valeurs les plus nécessaires pour trouver de nouvelles formes de solidarité. Mais où est la source de cette confiance ? Pendant ces jours à Rennes, pourrions-nous mieux enraciner cette conviction dans la confiance en Dieu ? Face aux changements extrêmement rapides de nos sociétés, face aux incertitudes et aux difficultés économiques, à nous de rappeler que « l'économique », si important soit-il, n'est pas la mesure de l'homme, que la dimension spirituelle est constitutive de l'être humain.La confiance en Dieu est liée à un combat intérieur, elle ne va pas de soi. Alors le temps n'est-il pas venu de poser d'une manière nouvelle la question : que signifie croire en Dieu ? En Jésus, Dieu vient vers nous. Il cherche à être proche de chaque être humain. Pour accueillir la présence de Dieu en nous, nous ne sommes pas laissés uniquement à nos sentiments. Dieu fait appel à notre capacité, même toute petite, de faire confiance. Concrètement cela peut vouloir dire : prendre des moments où nous mettons nos soucis au deuxième plan, pour créer comme un espace intérieur où laisser Dieu venir. Même si nous ne ressentons qu'un vide, l'Esprit Saint vient, et imperceptiblement la confiance en Dieu peut s’élargir. L’Évangile nous demande un retournement radical de l’image que nous avons de Dieu : reconnaître que Dieu se fait vulnérable, c'est-à-dire qu'il a besoin, lui, d'être aimé. Son amour pour nous contient la question : « Et toi, m'aimes-tu? » Tous nous pouvons exprimer notre amour pour Dieu, peut-être pas avec des sentiments élevés ou des pensées extraordinaires. Mais nous pouvons faire silence et simplement lui dire: « Tu sais que je t'aime, tu sais que je voudrais vivre de la confiance en ta présence ». Solidarité entre les humains et confiance en Dieu : ces deux valeurs que j’ai voulu souligner ce matin sont si importantes que vous pourriez les emmener avec vous pour les creuser davantage. Ne pourraient-elles pas, pour certains d’entre vous, constituer comme un vrai projet de vie ?

Résumé: 
Conférence donnée à Ecclesia Campus par Fr. Aloïs, prieur de Taizé
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