Prêtre

Le sacerdoce spirituel au service du sacerdoce baptismal

Homélie de Mgr de Kerimel (Evêque de Grenoble-Vienne)

Messe chrismale – Basilique du Sacré-Cœur – Grenoble – 3 avril 2012

Comme chaque année, au début de la Semaine Sainte, notre Église diocésaine se rassemble autour de Jésus-Christ son Seigneur, pour célébrer l’Alliance Nouvelle et éternelle qui a fait de nous le Peuple de Dieu participant à la consécration et à la mission du Christ. « Ceux, en effet, qui croient au Christ, qui sont ‘re-nés’ non d’un germe corruptible mais du germe incorruptible qui est la Parole du Dieu vivant (cf. 1 Pierre 1, 23), non de la chair, mais de l’eau et de l’Esprit-Saint (cf. Jean 3, 5-6), ceux-là deviennent ainsi finalement ‘une race élue, un sacerdoce royal, une nation sainte, un peuple que Dieu s’est acquis, ceux qui autrefois n’étaient pas un peuple étant maintenant le peuple de Dieu’ (1 Pierre 2, 9-10) » (Lumen Gentium, 9).

Dieu, en effet, n’a pas voulu nous sauver, nous sanctifier, et nous envoyer en mission séparément les uns des autres. Il nous a rassemblés en une seule famille, un seul Corps, le Corps de son Fils Jésus, un seul Peuple consacré et envoyé dans le monde porter la Bonne Nouvelle aux pauvres. L’Esprit du Seigneur est sur nous comme sur les Apôtres à la Pentecôte ; nous avons tous reçu le même et unique Esprit qui a répandu sur chacun de nous des dons divers et complémentaires, pour la croissance du Corps du Christ et sa mission dans le monde. Tous, nous participons au sacerdoce du Christ, de par notre baptême.

Vous me permettrez de citer un peu longuement le Concile Vatican II, en cette année où nous fêtons le cinquantième anniversaire de son ouverture :

              « Le Christ Seigneur, grand prêtre pris d’entre les hommes (cf. He 5, 1-5) a fait du peuple nouveau « un Royaume, des prêtres pour son Dieu et Père » (Ap 1, 6 ; 5, 9-10). Les baptisés, en effet, par la régénération et l’onction du Saint-Esprit, sont consacrés pour être une demeure spirituelle et un sacerdoce saint, de façon à offrir, par toutes les activités du chrétien, autant de sacrifices spirituels, en proclamant les merveilles de celui qui, des ténèbres, les a appelés à son admirable lumière (cf. 1 P 2, 4-10). C’est pourquoi tous les disciples du Christ, persévérant dans la prière et la louange de Dieu (cf. Ac 2, 42-47), doivent s’offrir en victimes vivantes, saintes, agréables à Dieu (cf. Rm 12, 1), porter témoignage du Christ sur toute la surface de la terre, et rendre raison, sur toute requête, de l’espérance qui est en eux d’une vie éternelle (cf. 1 P 3, 15).

Le sacerdoce commun des fidèles et le sacerdoce ministériel ou hiérarchique, qui ont entre eux une différence essentielle et non seulement de degré, sont cependant ordonnés l’un à l’autre : l’un et l’autre, en effet, chacun selon son mode propre, participent de l’unique sacerdoce du Christ. Celui qui a reçu le sacerdoce ministériel jouit d’un pouvoir sacré pour former et conduire le peuple sacerdotal, pour faire, dans le rôle du Christ, le sacrifice eucharistique et l’offrir à Dieu au nom du peuple tout entier ; les fidèles eux, de par le sacerdoce royal qui est le leur, concourent à l’offrande de l’Eucharistie et exercent leur sacerdoce par la réception des sacrements, la prière et l’action de grâces, le témoignage d’une vie sainte, leur renoncement et leur charité effective » (Lumen Gentium, 10).

            La consécration que nous avons reçue au baptême et à la confirmation nous associe étroitement au Christ, et nous fait appartenir à Dieu en nous ordonnant au service de sa gloire et du salut du monde. Tout, dans la vie du chrétien est consacré à Dieu et participe à la mission qu’il a reçu ; il n’y a pas une vie profane et une vie chrétienne, une vie humaine et une vie de foi, une vie dans le monde et une vie dans l’Église, mais c’est à travers toutes les activités humaines que doit se manifester la consécration reçue de l’Esprit Saint :

            « Toutes leurs activités, leurs prières et leurs entreprises apostoliques, leur vie conjugale et familiale, leurs labeurs quotidiens, leurs détentes d’esprit et de corps, s’ils sont vécus dans l’Esprit de Dieu, et même les épreuves de la vie, pourvu qu’elles soient patiemment supportées, tout cela devient ‘offrandes spirituelles, agréables à Dieu par Jésus-Christ’ (1 Pierre 2, 5) ; et dans la célébration eucharistique ces offrandes rejoignent l’oblation du Corps du Seigneur pour être offertes en toute piété au Père. C’est ainsi que les laïcs consacrent à Dieu le monde lui-même, rendant partout à Dieu dans la sainteté de leur vie un culte d’adoration » (Lumen Gentium, 34). En effet, la mission de l’Église est de consacrer le monde à Dieu, par l’annonce de l’Évangile, le culte, et le service du prochain.

           La consécration baptismale nous est conférée par le Christ à travers le ministère des prêtres. C’est eux, et les diacres dans une certaine mesure, qui vont oindre les baptisés avec les huiles que l’évêque bénit et consacre durant la messe chrismale. Les prêtres, par l’annonce de la Parole et par les sacrements, conduisent les croyants à faire de leur vie une offrande spirituelle. « C’est par le ministère des prêtres que se consomme le sacrifice spirituel des chrétiens, en union avec le sacrifice du Christ, unique Médiateur, offert au nom de toute l’Église dans l’Eucharistie par la main des prêtres… » (Presbyterorum Ordinis, 2). Le sacerdoce ministériel est donc ordonné au sacerdoce baptismal, au service du sacerdoce baptismal. Le prêtre lui-même est un baptisé choisi par le Christ, consacré à nouveau par un don spécifique de l’Esprit Saint, pour remplir une mission spécifique au service du Peuple de Dieu. Par l’annonce de la Parole de Dieu, par la sanctification des fidèles, par la conduite de la communauté, les prêtres agissent au nom du Christ l’unique Pasteur, comme coopérateurs des évêques dans le sacerdoce ministériel. 

Frères et sœurs, avec la grâce du Christ, devenons chaque jour davantage ce que nous sommes : le Peuple de Dieu. Réjouissons-nous de ce que le Christ a pourvu à tous nos besoins pour être son Corps et poursuivre sa mission dans le monde. Laissons-nous ajuster les uns aux autres par le Christ Lui-même, en étant accueillants et fidèles à la grâce et aux divers dons et charismes donnés par l’Esprit Saint, pour être en vérité le Peuple consacré à Dieu. Ainsi nous témoignerons toujours plus clairement de la Lumière du Christ qui resplendit sur le visage de l’Église, et nous œuvrerons par toute notre vie et nos activités à la gloire de Dieu et au salut du monde.

 

Les prêtres : dispensateurs du sacrement de l'amour jusqu'au bout

Homélie de Mgr de Kerimel (Evêque de Grenoble-Vienne)

Messe du Jeudi Saint – 3 avril 2012 - Cathédrale Notre-Dame - Grenoble


La Dernière Cène est l’occasion choisie par le Christ pour laisser à ses 
disciples le sacrement de l’amour jusqu’au bout, le sacrement de l’amour sans retour. Amour 
jusqu’au bout parce que le Christ s’y donne totalement, mais aussi parce qu’il rejoint 
l’humanité jusque dans ses égarements ultimes ; amour sans retour parce qu’il est scellé par 
la mort du Christ en croix, et parce qu’il engage ceux qui y communient dans une alliance 
éternelle. De même que le Peuple d’Israël a mangé l’agneau pascal, debout, en hâte, prêt à 
quitter définitivement l’Egypte, terre d’esclavage, de même celui qui participe à l’Eucharistie 
est engagé sans retour possible.
L’Eucharistie est le sacrement de l’amour pur, de l’amour vrai, c’est-à-dire l’amour qui 
se donne réellement de manière désintéressée, jusqu’à s’abaisser, s’oublier, renoncer à soi, 
donner sa vie. « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime »
(Jean 15, 13). Le plus grand amour c’est de faire de sa vie une offrande d’amour, un sacrifice 
d’amour. L’Eucharistie est le sacrement du sacrifice d’amour qui sauve le monde, car il est le 
sacrifice du Fils de Dieu qui enlève le péché du monde. Jésus offre sa vie à son Père pour 
toute l’humanité, pour que vive toute l’humanité.
Le lavement des pieds est l’illustration de la réalité du sacrement de l’Eucharistie. Le 
Maître et Seigneur lave les pieds de ses disciples, y compris de celui qui va bientôt le trahir, 
et ceux-ci, en se laissant laver les pieds, s’ouvrent à l’amour salvifique du Christ tandis que 
Judas s’enferme dans ses propres contradictions et dans la désespérance.
Participer à ce repas engage les convives, qu’ils le veuillent ou non, dans la vérité de 
l’amour : ils doivent se laisser laver les pieds, c’est-à-dire se livrer à l’amour dans la vérité de 
leur être, remettre toute leur vie au Christ, y compris leurs péchés. « Si je ne te lave pas, tu 
n’auras point de part avec moi ». On ne peut donc participer à ce banquet de noce qu’en 
acceptant de se livrer totalement, de se laisser purifier ; toute autre attitude est déjà une 
forme de trahison. Nul n’est digne de participer à un tel repas, mais Jésus ne nous demande 
pas d’être à la hauteur du don qu’Il nous fait ; Il nous demande d’être vrais, de nous laisser 
laver par Lui, de fuir tout mensonge, et toute incohérence grave. D’où l’importance du 
sacrement de la réconciliation, profondément lié au sacrement de l’Eucharistie.
En vivant l’Eucharistie, les croyants acceptent de suivre le Christ sur le chemin de 
l’amour jusqu’au bout, de l’amour sans retour. Ils font de leur vie une offrande d’amour à 
Dieu, un sacrifice d’amour. C’est la participation active des fidèles au sacrifice eucharistique 
dont parle le Concile Vatican II.  « Je vous exhorte, mes frères, par la tendresse de Dieu, à Lui 
offrir votre personne et votre vie en sacrifice saint, capable de plaire à Dieu : c’est là pour vous 
l’adoration véritable »  (Romains 12, 1). Le sacrifice spirituel des baptisés s’accomplit dans 
l’Eucharistie, dans laquelle il est uni au sacrifice du Christ qui sauve le monde. 
Ainsi les chrétiens déploient en eux, par la grâce du Christ, leur vocation humaine à 
aimer. Le Christ les entraîne sur les chemins de la perfection de l’amour, en les nourrissant, 
dans l’Eucharistie, de son amour jusqu’au bout. C’est cet amour puisé dans l’Eucharistie qui 
est l’âme de la communauté chrétienne : « Si donc moi, le Seigneur et le Maître, je vous ai lavé 
les pieds, vous aussi vous devez vous laver les pieds les uns aux autres. C’est un exemple que je vous 
ai donné afin que vous fassiez, vous aussi, comme j’ai fait pour vous » ; « ce qui montrera à tous les 
hommes que vous êtes mes disciples, c’est l’amour que vous aurez les uns pour les autres » (Jean 
13, 35). J’insiste pour dire que cet amour, puisé dans l’Eucharistie, est un amour jusqu’au 
bout, un amour sans retour, un amour sacrificiel, et non pas une simple sympathie ou de la 2/2
convivialité épisodique ; il n’y a pas d’amour chrétien authentique sans participation à la croix 
du Christ. La spécificité chrétienne est l’amour jusqu’au bout ; l’art de vivre caractéristique 
des chrétiens est la charité. Ce même amour, puisé dans l’Eucharistie et le sacrement de 
mariage doit nourrir les relations conjugales et familiales ; il doit habiter le cœur des 
chrétiens dans leur vie professionnelle, dans leur vie de loisir, dans leurs engagements divers. 
Dans la communauté chrétienne, la vie consacrée, et particulièrement la vie 
religieuse, est signe de cet art de vivre nouveau inauguré par le Christ et qui s’alimente à 
l’Eucharistie. Les consacrées veulent vivre, par appel de Dieu, la radicalité de l’amour 
jusqu’au bout, de l’amour sacrifice, l’amour eucharistique, en renonçant au mariage et à une 
famille, en suivant le Christ sur le chemin de la pauvreté, de la chasteté et de l’obéissance. Le 
célibat pour le Royaume illustre, par sa dimension eschatologique, l’amour sans retour du 
Christ, l’offrande de soi qui s’accomplit en s’unissant au sacrifice du Christ. La communauté 
religieuse veut être signe de relations d’amour reposant non sur les liens familiaux ou les 
liens d’affinités, mais sur l’amour sans retour, le don de soi désintéressé, tel qu’il s’épanouira 
au ciel.
La vie chrétienne ordinaire, comme la vie consacrée, sont une grâce du Christ, un fruit de 
son sacrifice. Elles ne peuvent croître qu’en se nourrissant de l’Eucharistie. On comprend 
mieux alors ce que veut exprimer le Concile en disant que l’Eucharistie est la source et le 
sommet de la vie chrétienne.
En laissant à ses disciples ce grand sacrement de l’amour jusqu’au bout, Jésus a 
institué le sacerdoce ministériel. « Faites cela en mémoire de moi » : Il donne pouvoir à ceux 
qu’Il a choisis de refaire ce qu’Il a fait à la Dernière Cène, de rendre présent dans la 
communauté chrétienne son sacrifice d’amour qui sauve le monde. Les prêtres sont les 
intendants et les dispensateurs du sacrement de l’amour jusqu’au bout ; ils offrent, au nom 
de toute l’Eglise, le sacrifice du Christ qui est la source de l’art d’aimer spécifiquement 
chrétien. Ce service si grand les incite à marcher les premiers sur le chemin de l’amour 
jusqu’au bout, de l’amour sans retour, de l’amour-sacrifice qui seul peut épanouir une vie en 
la conduisant à l’accomplissement de la vocation humaine à aimer. Le jour de leur ordination, 
ils se sont livrés au Christ, Lui remettant toute leur vie, se laissant laver « pas seulement les 
pieds, mais aussi les mains et la tête ». Agissant au nom du Christ, Tête et Pasteur de l’Eglise, 
Ils apprennent à aimer ceux à qui ils sont envoyés, à les servir, à leur laver les pieds. Toute 
leur vie est consacrée ; elle est un sacrifice d’amour qu’ils offrent en union avec le Christ, 
pour la gloire de Dieu et le salut du monde.
On comprend qu’un tel ministère ne puisse être purement fonctionnel ; en effet il ne 
peut qu’impliquer pleinement, totalement, ceux qui y sont appelés. Le célibat pour Dieu 
auquel ils se sont engagés librement, le jour de leur ordination diaconale, est véritablement 
signe et stimulant de la charité pastorale qu’ils sont appelés à déployer pour le service de 
l’Eglise du Christ : il manifeste concrètement le don sans retour qu’ils ont fait d’eux-mêmes 
au Christ et à son Eglise ; il leur donne d’être tout à tous, et d’aimer avec un cœur chaste et 
désintéressé. Une vie d’intimité avec le Christ fait d’eux les premiers bénéficiaires et les 
dispensateurs de l’amour sans retour du Christ. Aucun des ministres ordonnés n’est digne 
de l’appel et du don qu’il a reçus, pas plus que Pierre et les autres Apôtres ; dans leur 
pauvreté, ils apprennent à s’appuyer sur Celui qui les a appelés et qui ne cesse de déployer 
sa puissance dans leur faiblesse.
Frères et sœurs, rendons grâce, pour le don immense de l’Eucharistie, et approchons 
de ce sacrement sans peur, mais dans la vérité, avec le désir de nous unir au Christ et de Le 
suivre sur le chemin de l’amour sans retour, sur le chemin de la charité

La Dernière Cène est l’occasion choisie par le Christ pour laisser à ses disciples le sacrement de l’amour jusqu’au bout, le sacrement de l’amour sans retour. Amour jusqu’au bout parce que le Christ s’y donne totalement, mais aussi parce qu’il rejoint l’humanité jusque dans ses égarements ultimes ; amour sans retour parce qu’il est scellé par la mort du Christ en croix, et parce qu’il engage ceux qui y communient dans une alliance éternelle. De même que le Peuple d’Israël a mangé l’agneau pascal, debout, en hâte, prêt à quitter définitivement l’Egypte, terre d’esclavage, de même celui qui participe à l’Eucharistie est engagé sans retour possible.

L’Eucharistie est le sacrement de l’amour pur, de l’amour vrai, c’est-à-dire l’amour qui se donne réellement de manière désintéressée, jusqu’à s’abaisser, s’oublier, renoncer à soi, donner sa vie. « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime » (Jean 15, 13). Le plus grand amour c’est de faire de sa vie une offrande d’amour, un sacrifice d’amour. L’Eucharistie est le sacrement du sacrifice d’amour qui sauve le monde, car il est le sacrifice du Fils de Dieu qui enlève le péché du monde. Jésus offre sa vie à son Père pour toute l’humanité, pour que vive toute l’humanité.

Le lavement des pieds est l’illustration de la réalité du sacrement de l’Eucharistie. Le Maître et Seigneur lave les pieds de ses disciples, y compris de celui qui va bientôt le trahir, et ceux-ci, en se laissant laver les pieds, s’ouvrent à l’amour salvifique du Christ tandis que Judas s’enferme dans ses propres contradictions et dans la désespérance. Participer à ce repas engage les convives, qu’ils le veuillent ou non, dans la vérité de l’amour : ils doivent se laisser laver les pieds, c’est-à-dire se livrer à l’amour dans la vérité de leur être, remettre toute leur vie au Christ, y compris leurs péchés. « Si je ne te lave pas, tu n’auras point de part avec moi ». On ne peut donc participer à ce banquet de noce qu’en acceptant de se livrer totalement, de se laisser purifier ; toute autre attitude est déjà une forme de trahison. Nul n’est digne de participer à un tel repas, mais Jésus ne nous demande pas d’être à la hauteur du don qu’Il nous fait ; Il nous demande d’être vrais, de nous laisser laver par Lui, de fuir tout mensonge, et toute incohérence grave. D’où l’importance du sacrement de la réconciliation, profondément lié au sacrement de l’Eucharistie. En vivant l’Eucharistie, les croyants acceptent de suivre le Christ sur le chemin de l’amour jusqu’au bout, de l’amour sans retour. Ils font de leur vie une offrande d’amour à Dieu, un sacrifice d’amour. C’est la participation active des fidèles au sacrifice eucharistique dont parle le Concile Vatican II.  « Je vous exhorte, mes frères, par la tendresse de Dieu, à Lui offrir votre personne et votre vie en sacrifice saint, capable de plaire à Dieu : c’est là pour vous l’adoration véritable »  (Romains 12, 1). Le sacrifice spirituel des baptisés s’accomplit dans l’Eucharistie, dans laquelle il est uni au sacrifice du Christ qui sauve le monde. 

Ainsi les chrétiens déploient en eux, par la grâce du Christ, leur vocation humaine à aimer. Le Christ les entraîne sur les chemins de la perfection de l’amour, en les nourrissant, dans l’Eucharistie, de son amour jusqu’au bout. C’est cet amour puisé dans l’Eucharistie qui est l’âme de la communauté chrétienne : « Si donc moi, le Seigneur et le Maître, je vous ai lavé les pieds, vous aussi vous devez vous laver les pieds les uns aux autres. C’est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi, comme j’ai fait pour vous » ; « ce qui montrera à tous les hommes que vous êtes mes disciples, c’est l’amour que vous aurez les uns pour les autres » (Jean 13, 35). J’insiste pour dire que cet amour, puisé dans l’Eucharistie, est un amour jusqu’au bout, un amour sans retour, un amour sacrificiel, et non pas une simple sympathie ou de la convivialité épisodique ; il n’y a pas d’amour chrétien authentique sans participation à la croix du Christ. La spécificité chrétienne est l’amour jusqu’au bout ; l’art de vivre caractéristique des chrétiens est la charité. Ce même amour, puisé dans l’Eucharistie et le sacrement de mariage doit nourrir les relations conjugales et familiales ; il doit habiter le cœur des chrétiens dans leur vie professionnelle, dans leur vie de loisir, dans leurs engagements divers. 

Dans la communauté chrétienne, la vie consacrée, et particulièrement la vie religieuse, est signe de cet art de vivre nouveau inauguré par le Christ et qui s’alimente à l’Eucharistie. Les consacrées veulent vivre, par appel de Dieu, la radicalité de l’amour jusqu’au bout, de l’amour sacrifice, l’amour eucharistique, en renonçant au mariage et à une famille, en suivant le Christ sur le chemin de la pauvreté, de la chasteté et de l’obéissance. Le célibat pour le Royaume illustre, par sa dimension eschatologique, l’amour sans retour du Christ, l’offrande de soi qui s’accomplit en s’unissant au sacrifice du Christ. La communauté religieuse veut être signe de relations d’amour reposant non sur les liens familiaux ou les liens d’affinités, mais sur l’amour sans retour, le don de soi désintéressé, tel qu’il s’épanouira au ciel. La vie chrétienne ordinaire, comme la vie consacrée, sont une grâce du Christ, un fruit de son sacrifice. Elles ne peuvent croître qu’en se nourrissant de l’Eucharistie. On comprend mieux alors ce que veut exprimer le Concile en disant que l’Eucharistie est la source et le sommet de la vie chrétienne. En laissant à ses disciples ce grand sacrement de l’amour jusqu’au bout, Jésus a institué le sacerdoce ministériel. « Faites cela en mémoire de moi » : Il donne pouvoir à ceux qu’Il a choisis de refaire ce qu’Il a fait à la Dernière Cène, de rendre présent dans la communauté chrétienne son sacrifice d’amour qui sauve le monde. Les prêtres sont les intendants et les dispensateurs du sacrement de l’amour jusqu’au bout ; ils offrent, au nom de toute l’Eglise, le sacrifice du Christ qui est la source de l’art d’aimer spécifiquement chrétien. Ce service si grand les incite à marcher les premiers sur le chemin de l’amour jusqu’au bout, de l’amour sans retour, de l’amour-sacrifice qui seul peut épanouir une vie en la conduisant à l’accomplissement de la vocation humaine à aimer. Le jour de leur ordination, ils se sont livrés au Christ, Lui remettant toute leur vie, se laissant laver « pas seulement les pieds, mais aussi les mains et la tête ». Agissant au nom du Christ, Tête et Pasteur de l’Eglise, Ils apprennent à aimer ceux à qui ils sont envoyés, à les servir, à leur laver les pieds. Toute leur vie est consacrée ; elle est un sacrifice d’amour qu’ils offrent en union avec le Christ, pour la gloire de Dieu et le salut du monde.

On comprend qu’un tel ministère ne puisse être purement fonctionnel ; en effet il ne peut qu’impliquer pleinement, totalement, ceux qui y sont appelés. Le célibat pour Dieu auquel ils se sont engagés librement, le jour de leur ordination diaconale, est véritablement signe et stimulant de la charité pastorale qu’ils sont appelés à déployer pour le service de l’Eglise du Christ : il manifeste concrètement le don sans retour qu’ils ont fait d’eux-mêmes au Christ et à son Eglise ; il leur donne d’être tout à tous, et d’aimer avec un cœur chaste et désintéressé. Une vie d’intimité avec le Christ fait d’eux les premiers bénéficiaires et les dispensateurs de l’amour sans retour du Christ. Aucun des ministres ordonnés n’est digne de l’appel et du don qu’il a reçus, pas plus que Pierre et les autres Apôtres ; dans leur pauvreté, ils apprennent à s’appuyer sur Celui qui les a appelés et qui ne cesse de déployer sa puissance dans leur faiblesse.Frères et sœurs, rendons grâce, pour le don immense de l’Eucharistie, et approchons de ce sacrement sans peur, mais dans la vérité, avec le désir de nous unir au Christ et de Le suivre sur le chemin de l’amour sans retour, sur le chemin de la charité.

 

 

Le service des prêtres

Homélie du Père Bertrand Cardinne 

Messe du Jeudi Saint - 5 avril 2012 - Eglise Saint Victor - Meylan

L’Évangile selon saint Matthieu nous rapporte une parole essentielle de Jésus, peu de temps avant la Pâque : « Le Fils de l’homme [c’est-à-dire Jésus lui-même] n’est pas venu pour être servi, mais pour servir. » (Matthieu 20,28). Cette parole s’accomplit pleinement en ce soir du Jeudi saint : Jésus se donne tout entier, dans son Corps et son Sang ; et de manière très explicite, il joint à cette offrande le geste clair de laver les pieds de ses disciples. Geste d’humilité, geste de service, qui nous étonne encore deux mille ans plus tard ! et que nous referons dans un instant.

En même temps, Jésus institue l’Eucharistie, et Il institue le sacerdoce : c’est-à-dire ceux qui à leur tour célébreront l’Eucharistie pour Le rendre présent au monde : « Faites cela en mémoire de moi. » Comme nous le savons, nous vivons aujourd’hui une période difficile, où le nombre de prêtres décroît rapidement. Au point qu’on a pu se demander : avons-nous toujours besoin de prêtres, est-ce qu’on ne pourrait pas se débrouiller sans eux, être de bons chrétiens sans avoir de prêtres ?

Or c’est face à cette question que nous devons retrouver la signification de ce que fait Jésus ce soir. Il est venu servir : et l’ordre des prêtres, qu’il établit, existe pour ce service. Mais il n’est pas facile de se laisser servir ! Pierre lui-même se révolte à l’idée que Jésus puisse lui laver les pieds. Nous aussi, pour comprendre « à quoi servent » les prêtres, nous devons accepter d’être servis. Accepter d’avoir besoin de quelqu’un d’autre, pour avancer vers la vie éternelle : quelqu’un de « spécial », de consacré, comme un prêtre, quelqu’un qui est d’abord au service du Seigneur pour être au service de tous. On croirait peut-être n’en avoir pas besoin, car on met l’accent sur la relation personnelle : « moi et mon Dieu ». Mais on tombe alors dans le piège de l’autosuffisance : et on finit par se faire un Dieu à notre image, un Dieu qui ne nous dérange pas beaucoup car il est le fruit de notre imagination. Se laisser servir – se laisser laver les pieds... – par un prêtre, c’est accepter de se laisser déranger.

Il est vrai, par ailleurs, que le peuple de Dieu que nous formons est un « peuple de prêtres », comme l’écrit saint Pierre (1Pierre 2,5). Chaque membre de ce peuple (qui est membre du Corps du Christ), chaque baptisé, offre le sacrifice spirituel de soi-même, et est donc prêtre ; chacun est consacré dans l’Alliance avec le Père, parce que le Christ, qui est l’unique Prêtre, s’est offert pour nous. Chaque baptisé a un rapport personnel avec le Christ, un rapport de prière et d’écoute, un rapport d’offrande mutuelle. Mais dans ce peuple de prêtres, le Seigneur en choisit tout de même certains, comme Il a choisi les disciples, pour une mission particulière. Ils ont plusieurs rôles : être missionnaires, témoins de la Résurrection, annonciateurs du Règne de Dieu ; être aussi des bergers, des guides pour l’Assemblée chrétienne (l’Église). Et c’est à eux qu’Il confie le plus grand Mystère : la célébration, dans l’Eucharistie, de sa mort et de sa Résurrection. Mais tout cela est encore un service, non pas une charge honorifique ! Service du peuple de Dieu, service qui est absolument nécessaire. Pour que chacun puisse être « prêtre » par l’offrande de soi-même, l’Église a besoin de ces vocations spéciales, et aucune paroisse, aucune communauté, ne peut s’en passer. Nous avons tous besoin que l’Évangile nous soit annoncé « de vive voix », et non pas seulement dans un livre ; nous avons tous besoin d’être guidés dans la foi, sans quoi nous nous faisons un Christ à notre image. Et nous avons surtout besoin que notre offrande personnelle (de nous-mêmes) soit consacrée par l’offrande de l’Eucharistie.

Jésus institue l’Eucharistie, les prêtres, et Il lave les pieds de ses Apôtres : Il permet ainsi à tout homme jusqu’à la fin des temps de vivre pleinement de Son amour, en Sa présence, dans Son Église, sanctifiée par le service des prêtres.

Jésus est venu « pour servir, non pour être servi » : il nous faut accepter d’être servis, de nous décentrer de nous-mêmes, de recevoir le service d’autres hommes, les prêtres, sans doute imparfaits... mais nécessaires. C’est en se donnant à nous, par amour, que Jésus nous fait vivre ainsi dans son Église.

 

Prêtre : le métier qui rend le plus heureux ! 

Selon une enquête sociale générale, réalisée en septembre 2011 par le Centre national de recherche de l’Université de Chicago, le métier qui rend le plus heureux est incontestablement celui de… prêtre !

Viennent ensuite les métiers de pompier, kinésithérapeute, auteur, éducateur spécialisé, professeur, artiste, psychothérapeute, courtier en placements, ingénieur d’exploitation.

Qu’est-ce qu’ils aiment dans leur métier ?

Aider les autres, transmettre, créer, exprimer ce que l’on ressent, travailler avec des jouets géants ou profiter d’un environnement de travail agréable...

En savoir plus : http://www.forbes.com/sites/stevedenning/2011/09/12/the-ten-happiest-jobs/

(article paru sur le site du service national des vocations)


Qui est le prêtre ?  

  

Le prêtre est un homme appelé. Il « a entendu l’appel amoureux et exigeant du Christ l’invitant à le suivre, uniquement et exclusivement Lui » Père Marc Vaillot, « le Prêtre, homme de feu, home d’amour » (Editions Le Laurier 2009)

« Ce n'est pas vous qui m'avez choisi, c'est moi qui vous ai choisis et établis afin que vous partiez, que vous donniez du fruit, et que votre fruit demeure.» (Jn 15, 16)

  

  

  • Le prêtre est un homme qui s’offre à Dieu pour permettre au Christ-Prêtre d’être prêtre ici et maintenant. « A l’intérieur de l’Église, le Christ choisit des hommes qui reçoivent un don spécifique du Saint-Esprit ; ce don leur donne le pouvoir de célébrer de manière efficace le Sacrifice du Christ, dans l’Eucharistie, et le pouvoir de pardonner les péchés ; ils agissent en la Personne du Christ, c’est le Christ qui agit en eux ; ils rendent présent le Christ dans sa fonction sacerdotale. ‘Le prêtre trouve la pleine vérité de son identité dans le fait d’être une participation spécifique et une continuation du Christ Lui-même, souverain et unique prêtre de la Nouvelle Alliance : Il est une image vivante et transparente du Christ prêtre’ (« Pastores Dabo Vobis », n° 12). (…)

 « Dans l’Église et pour l’Église, les prêtres représentent sacramentellement Jésus Christ Tête et Pasteur, ils proclament authentiquement la Parole, ils répètent ses gestes de pardon et d’offre de salut, surtout par le Baptême, la Pénitence et l’Eucharistie, ils exercent sa sollicitude pleine d’amour, jusqu’au don total de soi-même, pour le troupeau qu’ils rassemblent dans l’unité et conduisent au Père parle Christ dans l’Esprit. En un mot, les prêtres existent et agissent pour l’annonce de l’Évangile au monde et pour l’édification de l’Église au nom du Christ Tête et Pasteur en personne » (Pastores Dabo Vobis, n° 15). On voit donc comment le prêtre est associé très étroitement au Christ et par Lui à l’œuvre de Dieu. Il livre son être au Christ pour que Celui-ci continue sa présence et son action d’Unique Prêtre de la Nouvelle Alliance. Mgr de Kerimel, enseignement donné à l’occasion du pèlerinage diocésain à Notre-Dame de La Salette le 27 septembre 2009. 

  • Le prêtre est un homme passionné de Dieu et des hommes. Il a fait l’expérience personnelle de l’amour du Christ dans sa vie et souhaite la partager aux hommes.

A la fois dans le monde et pour le monde, mais pas du monde, le prêtre est le frère des hommes et des femmes de son temps, il les comprend et dépense sa vie pour eux.

"Les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps, des pauvres surtout et de tous ceux qui souffrent, sont aussi [ceux] des disciples du Christ, et il n’est rien de vraiment humain qui ne trouve écho dans leur cœur." (Concile Vatican II, Constitution sur l’Eglise dans le monde de ce temps, n°1)

« Dans sa prière, et en particulier dans sa mission de prier la liturgie des heures, le prêtre présente à Dieu cette humanité blessée, aussi bien ceux qui se tournent vers Dieu que ceux qui le refusent. » Mgr G. de Kerimel, enseignement donné à l’occasion du pèlerinage diocésain à N-D de La Salette le 27 septembre 2009. 

  • Le prêtre est un homme passionné de l’Église. Comme le Christ s’est livré pour l’Église, le prêtre se livre tout entier, jusque dans le célibat qui montre le don radical de lui-même.

 « Le célibat dans lequel tu viens de t’engager est un signe concret de ta consécration à Dieu, et du don de toi-même à l’Eglise, et donc aux communautés auxquelles tu seras envoyé. Souvent incompris aujourd’hui, même à l’intérieur de l’Eglise, souvent éveilleur de soupçons dans le monde, le célibat te configure au Christ célibataire, il te donne un cœur chaste et disponible pour être tout à tous, il fait de toi un témoin du royaume des cieux qui nous attend, il illustre la Parole que tu vas avoir mission d’annoncer. » Mgr G. de Kerimel, homélie lors des ordinations le 27 juin 2010

 

 « Vous venez de vous engager librement au célibat pour le Royaume, en réponse à l’appel de Dieu. Le célibat consacré vous fait vivre, au cœur du monde ancien, des réalités du monde à venir : il est donc à vivre dans la dynamique d’une vie orientée vers sa destinée ultime ; il est le signe d’une vie donnée totalement à Dieu et aux autres ; il stimule en vous la charité pastorale. C’est dans l’Eucharistie que cette grâce du célibat consacré se nourrit, se fortifie, et trouve sa fécondité dans le service, car l’Eucharistie est la réalité et le don de l’amour ‘ jusqu’au bout’. » Mgr G. de Kerimel, homélie lors des ordinations le 11 juin 2011. 

  • Le prêtre est un homme donné par amour et pour le service. Appartenant au Christ, il peut à son tour le donner au monde : il choisit de donner sa vie, par amour, au service du Christ et des hommes.

 « Il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis. » (Jn 15,13) 

« Je suis le bon pasteur, le vrai berger. Le vrai berger donne sa vie pour ses brebis. (…) Je suis le bon pasteur ; je connais mes brebis, et mes brebis me connaissent,  comme le Père me connaît, et que je connais le Père ; et je donne ma vie pour mes brebis. (Jn 10, 11,14-15)

 « En cette Année sacerdotale, j'ai plaisir à rappeler les paroles du saint curé d'Ars: "Le sacerdoce est l'amour du cœur de Jésus". A la suite de Jésus, les prêtres donnent leur vie, afin que les fidèles puissent vivre de l'amour du Christ. » Benoît XVI, forum international des jeunes, mars 2010

« Suivre le Christ dans le ministère sacerdotal (…) vous invite à des renoncements : en vous donnant au Christ pour le service de l’Eglise, vous acceptez de Lui laisser la maîtrise de votre vie, vous Lui laissez le choix des lieux où Il vous enverra, le choix des ministères qu’Il vous confiera ; vous acceptez d’être déplacés au gré des nominations, vous renoncez à faire carrière. Vous voulez suivre le Christ partout où Il va, acceptant de prendre votre part du mystère de la croix. Vous faites de la fidélité au Christ et de la docilité à sa volonté la priorité de vos engagements. » Mgr G. de Kerimel, homélie lors des ordinations le 11 juin 2011

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L’appel au ministère sacerdotal

HOMÉLIE DU PAPE BENOÎT XVI  le 4 novembre 2011 (lors de la célébration des Vêpres pour le début de l'année académique des Universités Pontificales)

La vocation apostolique vit grâce au rapport personnel avec le Christ, alimenté par la prière assidue et animé par la passion de communiquer le message reçu et la même expérience de foi que les Apôtres. Jésus appela les Douze pour être auprès de Lui et pour les envoyer prêcher son message (cf. Mc 3, 14). Il existe certaines conditions afin qu’il y ait une harmonie croissante avec le Christ dans la vie du prêtre. Je voudrais en souligner trois, qui ressortent de la Lecture que nous avons écoutée :

  • l’aspiration à collaborer avec Jésus à la diffusion du Royaume de Dieu,
  • la gratuité de l’engagement pastoral
  • et l’attitude du service.

Avant tout, dans l’appel au ministère sacerdotal, il y a la rencontre avec Jésus et le fait d’être fascinés, frappés par ses paroles, par ses gestes, par sa personne même. Et le fait d’avoir distingué sa voix, parmi tant de voix, en répondant comme Pierre : « Tu as les paroles de la vie éternelle. Nous, nous croyons, et nous avons reconnu que tu es le Saint de Dieu » (Jn 6, 68-69). C’est comme avoir été touché par le rayonnement de Bien et d’Amour qui émane de Lui, s’en sentir enveloppés et inclus au point de vouloir demeurer avec Lui comme les deux disciples d’Emmaüs — « Reste avec nous, car le soir tombe » (Lc 24, 29) — et d’apporter au monde l’annonce de l’Evangile. Dieu le père a envoyé le Fils éternel dans le monde pour réaliser son plan de salut. Le Christ Jésus a constitué l’Eglise afin que s’étendent dans le temps les effets bénéfiques de la rédemption. La vocation des prêtres a sa racine dans cette action du Père réalisée dans le Christ, à travers l’Esprit Saint. Le ministre de l’Evangile est alors celui qui se laisse atteindre par le Christ, qui sait «rester» avec Lui, qui entre en harmonie dans une amitié intime, avec Lui, afin que tout s’accomplisse « selon Dieu » (1 P 5, 2), selon sa volonté d’amour, avec une grande liberté intérieure et une joie profonde dans le cœur.

En second lieu, on est appelé à être les administrateurs des Mystères de Dieu « non pour un gain sordide, mais avec l'élan du cœur», dit saint Pierre dans la Lecture de ces Vêpres (ibidem). Il ne faut jamais oublier que l’on entre dans le sacerdoce à travers le Sacrement, l’Ordination, et cela signifie précisément s’ouvrir à l’action de Dieu en choisissant chaque jour de se donner pour Lui et pour les frères, selon le dicton évangélique : « Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement » (Mt 10, 8). L’appel du Seigneur au ministère n’est pas le fruit de mérites particuliers, mais un don à accueillir et auquel répondre en se consacrant non pas à un projet personnel, mais à celui de Dieu, de façon généreuse et désintéressée, afin qu’Il dispose de nous selon sa volonté, même si celle-ci pourrait ne pas correspondre à nos désirs de réalisation personnelle. Aimer avec Celui qui nous a aimés en premier et s’est donné entièrement à nous. Cela signifie être disposé à se laisser entraîner dans son acte d’amour plein et total au Père et à chaque homme consommé sur le Calvaire. Nous ne devons jamais oublier — en tant que prêtres — que l’unique accès légitime vers le ministère de Pasteur n’est pas celui du succès, mais celui de la Croix.

Dans cette logique, être prêtres signifie être serviteurs également par l’exemple de sa vie. «Devenez les modèles du troupeau» est l’invitation de l’apôtre Pierre (1 P 5, 3). Les prêtres sont dispensateurs des moyens de salut, des sacrements, en particulier de l’Eucharistie et de la Pénitence, ils n’en disposent pas selon leur propre arbitre, mais en sont les humbles serviteurs pour le bien du peuple de Dieu. Il s’agit donc d’une vie profondément marquée par ce service : par le soin attentif du troupeau, par la célébration fidèle de la liturgie, et par la sollicitude zélée pour tous les frères, en particulier les plus pauvres et les plus démunis. En vivant cette « charité pastorale » sur le modèle du Christ et avec le Christ, où que le Seigneur appelle, chaque prêtre pourra se réaliser pleinement lui-même, ainsi que sa vocation.

 

Henri de Menou, diacre en vue du sacerdoce pour le diocèse de Grenoble-Vienne, est interrogé par des jeunes, lors du camp des servants d'autel à Boucieu-le-Roi (Ardèche) en août 2011

propédeutique à Paray le Monial


"Disponibles à la suite du Christ" (version... par maisonfrancoisdesales

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