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Benoît XVI invite les consacrés à revêtir le Christ

Extraits de l'homélie de la messe pour la fête de la Présentation de l'Enfant Jésus au Temple de Jérusalem le 2 février 2013, journée de la vie consacrée.

Chers frères et sœurs consacrés, [...]

Dans la lumière du Christ, à travers les multiples charismes de la vie contemplative et apostolique, vous coopérez à la vie et à la mission de l'Eglise dans le monde. Dans cet esprit de reconnaissance et de communion, je voudrais vous adressez trois invitations, afin que vous puissiez franchir pleinement cette « Porte de la foi» qui est toujours ouverte pour nous (cf. Lettre apostolique Porta fidei, 1).

Premièrement, je vous invite à nourrir votre foi, une foi capable d’éclairer votre vocation. Je vous exhorte pour cela à faire mémoire, comme dans un pèlerinage intérieur, de ce « premier amour» avec lequel le Seigneur Jésus-Christ a réchauffé vos cœurs, non pas dans un esprit nostalgique, mais pour nourrir cette flamme. Pour cela, il faut être avec Lui, dans le silence de l'adoration; et ainsi réveiller le désir et la joie de partager sa vie et ses choix, d’obéir à la foi, de partager la béatitude des pauvres, d’être radical dans l'amour. En partant sans cesse de cette rencontre d'amour, vous quittez tout pour être avec Lui et pour vous mettre, comme Lui, au service de Dieu et du prochain (cf. Exhortation apostolique Vie Consacrée, 1).

Deuxièmement je vous invite à une foi qui sache reconnaître la sagesse de la faiblesse. Dans les joies et les peines du temps présent, quand la dureté et le poids de la croix se font sentir, ne doutez pas que la kénose du Christ est déjà la victoire pascale. C’est précisément dans les limites et dans la faiblesse humaine que nous sommes appelés à vivre à l’image du Christ,  dans une tension totalisante qui, dans la mesure du possible,  anticipe dans le temps la perfection eschatologique (ibid., 16). Dans les sociétés de l'efficacité et de la réussite, votre vie marquée par l’aspect « minoritaire » et par la faiblesse des petits, par cette empathie avec ceux qui n’ont pas la parole, devient un signe évangélique de contradiction.

Enfin, je vous invite à renouveler la foi qui fait de vous des pèlerins vers l’avenir. De par sa nature même, la vie consacrée est un pèlerinage de l'esprit, à la recherche d'un Visage qui tantôt se manifeste tantôt se voile, « Faciem tuam, Domine, requiram» (Ps 26,8). Que ceci soit le désir constant de votre cœur, le critère fondamental qui guide votre chemin, tant dans les petits pas quotidiens que dans les décisions plus importantes.

Ne vous joignez pas aux prophètes de malheur qui proclament la fin ou le non sens de la vie consacrée dans l'Eglise d’aujourd’hui; mais revêtez-vous plutôt de Jésus-Christ et prenez les armes de la lumière - selon l'exhortation de saint Paul (cf. Rm 13.11 à 14) -  en restant éveillés et vigilants. Saint Chromace d'Aquilée écrit ceci : « Puisse le Seigneur éloigner de nous ce péril, afin que jamais nous ne nous laissions alourdir par le sommeil de l'infidélité; mais qu'il nous accorde sa grâce et sa miséricorde, afin que nous puissions toujours veiller en lui restant fidèles. Car notre loyauté peut veiller en Jésus-Christ » (Sermon 32, 4).

Chers frères et sœurs, la joie de la vie consacrée passe nécessairement par la participation à la Croix du Christ. Il en a été ainsi pour la Très sainte [√ierge] Marie. Sa souffrance est celle du cœur qui forme un tout avec le Cœur du Fils de Dieu, transpercé par amour. De cette blessure jaillit la lumière de Dieu, mais elle jaillit aussi des souffrances, du sacrifice, du don de soi que les consacrés vivent par amour de Dieu,  et des autres s’irradie la même lumière, qui évangélise les gens.

En cette Fête, je souhaite, tout particulièrement à vous, les consacrés, que votre vie ait toujours la saveur de l'audace évangélique, afin que vive en vous la Bonne Nouvelle, qu’elle témoigne et resplendisse comme Parole de vérité (cf. Lettre apostolique Porta fidei, 6). Amen.

 

« Pauvreté, chasteté, obéissance, pour être libre d’aimer »

Obsolètes, les vœux religieux ? Pour le Père Pierre-Marie Delfieux, fondateur des Fraternités Monastiques de Jérusalem, ils forment au contraire la panoplie la plus adaptée pour le combat de l’amour.

Pauvreté

Ce qui détermine notre libre choix d’épouser la pauvreté, c’est  Jésus, et Jésus pauvre.  «  Il s’est fait pauvre pour nous enrichir de sa pauvreté » (2 Co 8, 9). Les faux trésors séduisent, mais ils passent : prestige, honneurs, performances, comptes en banque, etc. Le vrai trésor est caché et éternel. Il procure un bonheur de plénitude  « et le centuple dès le temps présent, et pour le temps à venir, la vie éternelle ». (Mc 16, 31).

Mais pour obtenir ce bonheur, il faut accepter de se laisser dépouiller, de passer par « les petites Pâques de pauvreté ». Même sous l’habit religieux, il faut continuer de se détacher : combattre son amour-propre, son vouloir-propre, son penser-propre. Ce qui nous fait entrer dans les sentiments de Dieu et nous établit dans sa paix et dans sa joie en plénitude. (Jn 15, 11 ; 17, 13)

 

Chasteté

Le mot « chasteté » n’existe pas dans l’Evangile. Jésus n’en parle pas explicitement, mais proclame : «  Heureux les cœurs purs ». Il évoque aussi ceux qui « se sont fait eunuques en vue du royaume de Dieu » (Mt 19, 12). Et sa vie est le modèle parfait de toutes les facettes de l’amour : filial, nuptial (l’amour des noces), amical, fraternel, paternel : « Mes petits enfants, je suis pour peu de temps encore avec vous » (Jn13, 33), dit-Il à ses disciples, avant d’ajouter : « Je ne vous appelle plus serviteurs, mais amis » (Jn 15, 15).

La Vierge Marie est l’icône parfaite de l’amour chaste, en tant que vierge, épouse et mère. En tant que créature, elle nous rappelle le but ultime de nos vies dans l’au-delà : les noces éternelles. Au Ciel, se vivent des épousailles dans une jubilation dont nous n’avons pas idée ici-bas. Nous serons épousés par le Seigneur dans la totalité de notre être : âme, corps, cœur et esprit. C’est la ferme espérance de tous les chrétiens.

Obéissance

Ce que notre monde appelle la liberté en est bien souvent une caricature : l’absence de contraintes, l’indépendance à tout prix, la passion sans entraves, au risque de tomber dans le pire des esclavages : l’enfermement sur soi. Si « le Christ s’est fait obéissant jusqu’à la mort », c’est pour nous libérer du péché et de la mort. « C’est pour que nous soyons libres que le Christ nous a libérés » (Gal 5, 1). A l’opposé d’un refoulement ou d’un écrasement, l’obéissance nous renvoie, elle aussi, à un visage d’amour, et nous ouvre à une relation qui est un authentique chemin de liberté. Voyez Saint François d’Assise.

(Article paru dans la revue ‘Famille Chrétienne' n°1776 du 28 janvier 2012, propos recueillis par Maryvonne Gasse)

 

Benoit XVI aux jeunes religieuses

JMJ de Madrid, monastère Saint-Laurent de l’Escorial,  le 19 août 2011

Chères sœurs, tout charisme est une parole évangélique que l’Esprit Saint rappelle à son Église (Jn 14, 26). C’est bien vrai : la Vie consacrée « naît de l’écoute de la Parole de Dieu et accueille l’Évangile comme règle de vie. Vivre à la suite du Christ, chaste, pauvre et obéissant, est ainsi une ‘exégèse’ vivante de la Parole de Dieu (…) D’elle tout charisme est né et d’elle, toute règle veut être l’expression, en donnant vie à des itinéraires de vie chrétienne caractérisés par la radicalité évangélique » (Verbum Domini, n. 83).

La radicalité évangélique réside dans le fait d’être « enracinés et fondés dans le Christ, fermes dans la foi » (Col 2, 7), ce qui, dans la Vie consacrée, signifie aller à racine de l’amour, Jésus Christ, avec un cœur sans partage, jusqu’à ne rien préférer à son amour (cf. Saint Benoît, Règle IV, 21), par une appartenance sponsale comme l’ont vécu les saints, à l’image de Rose de Lima et de Rafael Arnáiz, jeunes patrons de ces Journées Mondiales de la Jeunesse. La rencontre personnelle avec le Christ qui nourrit votre consécration, doit être témoignée avec toute sa force transformatrice dans vos vies ; elle revêt une importance particulière aujourd’hui, alors qu’« on constate une sorte d’‘éclipse de Dieu’, une certaine amnésie, voire un réel refus du christianisme et un reniement du trésor de la foi reçue, au risque de perdre sa propre identité profonde ». Face au relativisme et à la médiocrité, s’impose la nécessité de cette radicalité dont témoigne la consécration comme une appartenance à Dieu aimé par-dessus tout.

Cette radicalité évangélique de la Vie consacrée s’exprime par la communion filiale avec l’Église – la maison des enfants de Dieu que le Christ a fondée – ; la communion avec les Pasteurs qui, au nom du Seigneur, proposent le dépôt de la foi reçu des Apôtres, du Magistère de l’Église et de la Tradition chrétienne ; la communion avec votre famille religieuse en conservant son noble patrimoine spirituel avec gratitude et en appréciant aussi les autres charismes ; la communion avec les autres membres de l’Église comme les laïcs, appelés à témoigner du même Évangile du Seigneur par leur vocation spécifique.

La radicalité évangélique s’exprime enfin dans la mission que Dieu a voulu vous confier : par la vie contemplative qui accueille dans ses cloitres la Parole de Dieu dans un silence éloquent et adore sa beauté dans la solitude habitée par Lui ; par les diverses formes de vie apostolique, dans les sillons desquelles germe la semence évangélique dans l’éducation des enfants et des jeunes, dans le soin des malades et des personnes âgées, dans l’accompagnement des familles, dans l’engagement en faveur de la vie, dans le témoignage de la vérité, dans l’annonce de la paix et la charité, l’engagement missionnaire, et dans la nouvelle évangélisation, et bien d’autres domaines de l’apostolat ecclésial.

Chères sœurs, c’est à ce témoignage de sainteté que Dieu vous appelle, en suivant Jésus de très près et sans conditions dans la consécration, la communion et la mission. L’Église a besoin de votre jeune fidélité enracinée et fondée dans le Christ. Merci pour votre « oui » généreux, total et perpétuel à l’appel du Bien-Aimé. Que la Vierge Marie soutienne et accompagne votre jeunesse consacrée, avec le vœu fervent que cela interpelle, encourage et illumine tous les jeunes.

 

 

2 FEVRIER 2012
VIE CONSACREE
« Tout premier de sexe masculin sera consacré au Seigneur », était-il écrit dans la 
Loi. Il était présenté au Seigneur, et l’on offrait en sacrifice, à sa place, une tête de petit 
bétail. Alors que Pharaon, roi d’Egypte, résistait à laisser partir les Hébreux, Dieu avait fait 
périr tous les premiers nés de l’homme et du bétail, mais personne chez les Hébreux n’avait 
été touché par l’Ange Exterminateur. Les premiers nés des Hébreux avaient été préservés, 
mais la Loi exigeait qu’ils soient consacrés au Seigneur, comme appartenant à Dieu qui leur 
avait évité le sort des premiers nés Egyptiens. La libération d’Egypte conduit à l’Alliance, 
conclue au Sinaï, qui établit une relation d’appartenance mutuelle entre Dieu et le Peuple élu. 
La consécration des premiers nés est un des signes que tout le Peuple élu appartient à Dieu ; 
elle est comme l’ébauche du sacrifice spirituel que Dieu attend de son Peuple.
Jésus, Fils Premier Né de la Vierge Marie, comme tout premier né juif, est présenté 
au Temple : Il est de Dieu, Il appartient à Dieu comme Fils Unique, Dieu né de Dieu, et Il est 
totalement pour Dieu. Déjà Il est offert en sacrifice ; déjà Il est la victime, l’Agneau qui sera 
immolé, et le Prêtre de l’Alliance Nouvelle. En effet, l’épitre aux Hébreux lui fait dire : « En 
entrant dans le monde, le Christ dit, d’après le psaume : Tu n’as pas voulu de sacrifices ni 
d’offrandes, mais tu m’as fait un corps. Tu n’as pas accepté les holocaustes ni les expiations pour le 
péché ; alors je t’ai dit : Me voici, mon Dieu, je suis venu pour faire ta volonté, car c’est bien de moi 
que parle l’Ecriture »  (He 10, 5-7). Jésus, le Fils Unique de Dieu, est Celui qui réalise 
pleinement l’Alliance de Dieu avec l’humanité, par son sacrifice, et permet à tout être 
humain d’entrer dans une relation d’appartenance mutuelle avec Dieu, dans une relation 
filiale.
L’Eglise, Corps du Christ, est le Nouveau Peuple de Dieu, Peuple de l’Alliance, Peuple 
consacré à Dieu, chargé d’offrir à Dieu des sacrifices spirituels. Par la louange, l’adoration, le 
sacrifice d’action de grâce, particulièrement l’Eucharistie, l’Eglise manifeste qu’Elle appartient 
à Dieu, par Jésus-Christ. Dans sa lettre aux Romains Saint Paul invite les croyants à s’offrir 
eux-mêmes : « Je vous exhorte, frères, par la tendresse de Dieu, à lui offrir votre personne et votre 
vie en sacrifice saint, capable de plaire à Dieu : c’est là pour vous l’adoration véritable. Ne prenez 
pas modèle sur le monde présent, mais transformez-vous en renouvelant votre façon de penser pour 
savoir reconnaître quelle est la volonté de Dieu : ce qui est bon, ce qui est capable de lui plaire, ce 
qui est parfait » (Rom. 12, 1-2).
Ici, lors de la Présentation au Temple, l’offrande de Jésus est réalisée dans l’acte 
d’obéissance de Marie et Joseph ; plus tard, c’est par son obéissance jusqu’à la mort qu’Il 
accomplira l’unique sacrifice qui sauve le monde. 
L’obéissance est le cœur de la consécration à Dieu ; elle est l’expression très 
concrète du don de soi à Celui qui se donne à nous en son Fils Jésus. Savoir reconnaître la 
volonté de Dieu et l’accomplir est la manière la plus réelle de Lui exprimer  notre amour 
filial, en réponse à son Amour. L’obéissance selon le Christ est amour, c’est-à-dire don de 
soi, union des volontés ; ce qui déclenche l’obéissance selon le Christ n’est pas tant un 
commandement extérieur qu’un élan intérieur d’amour. L’obéissance selon le Christ n’est 
pas imposée extérieurement par la Loi ; elle est suscitée par l’Esprit Saint au plus profond du 
cœur. Saint Thomas d’Aquin disait de l’Esprit Saint qu’Il est la Loi nouvelle déposée dans les 
cœurs ; Loi de liberté, Loi d’Amour. L’Esprit Saint met dans le cœur des croyants le désir 
d’être du Christ, de Dieu, à Dieu, pour sa gloire et le salut du monde. D’où certains 
prénoms chrétiens comme Cyrille ou Dominique, qui veulent dire « du Seigneur », et 
d’autres…2/2
La vie consacrée, dans l’Eglise, est un don de l’Esprit Saint et un signe qui rappelle à 
tous les chrétiens qu’ils ont à faire de leur vie un don d’amour à Dieu, en recherchant 
toujours sa volonté dans tout ce qui fait leur vie. Il est souhaitable que Dieu suscite, dans 
l’Eglise, des vocations à la vie religieuse et aux autres formes de vie consacrée, car nous 
avons besoin de nous rappeler sans cesse que nous appartenons à Dieu et que notre vie 
chrétienne est une vie filiale, une vie offerte dans l’offrande du Christ. Il est nécessaire que 
les consacrés redécouvrent à tout le Peuple de Dieu le sens de l’amour qui se concrétise par 
l’obéissance ou union de notre volonté avec la volonté de Dieu. Ce don de soi demande des 
renoncements, mais il n’est pas une démission de la volonté : il ne s’agit pas de ne plus 
vouloir, mais de vouloir ce que Dieu veut. C’est le secret de la vraie liberté, celle qui 
conduisait Jésus et le rendait vainqueur de tout.
Comment signifier à un monde très marqué par le subjectivisme, par la culture de 
l’autoréalisation, la beauté et la bonté de l’obéissance dans le Christ ? En donnant à voir la 
joie qu’il y a à entrer dans la dépendance de l’amour et la fécondité de cette vie donnée. 
L’individualisme peut conduire à la solitude et l’isolement, la consécration  à Dieu dans 
l’obéissance filiale ouvre à une qualité de relations interpersonnelles et communautaires qui 
produisent la solidarité, la communion, la confiance, la fraternité. « L’homme ne se trouve 
que dans le don désintéressé de lui-même » disait le Concile : l’obéissance comme 
expression du don de soi à Dieu est le chemin le plus court pour advenir à soi-même, en 
renonçant à soi.
Certes l’obéissance filiale a conduit Jésus sur la croix ; le chemin des disciples du 
Christ passe toujours par la croix. Mais celle-ci est la plus haute expression de l’amour, dans 
notre monde blessé ; elle réalise l’amour jusqu’au bout qui est notre vocation à tous. Elle est 
la victoire de l’amour que rien n’a pu faire renoncer, que rien n’a pu vaincre. La consécration 
à Dieu, dans la force de l’Esprit Saint, nous conduit à prendre le chemin de l’obéissance, le 
chemin de la dépendance de l’amour, pour participer à la victoire du Christ, pour collaborer 
efficacement à son œuvre. 
Pour répandre son Amour dans le monde, Dieu sollicite la disponibilité radicale 
d’hommes et de femmes prêts à répondre à son appel : « Me voici, Seigneur, je viens faire ta 
volonté » ! Cet appel est une invitation à tout quitter et surtout à se quitter soi-même, pour 
entrer dans le projet de Dieu, et retrouver en Lui bien plus, infiniment plus, que tout ce que 
nous avons dû lâcher. La remise de soi à Dieu dans l’obéissance filiale, la disponibilité totale 
du cœur, la dépossession, qui se réalise à travers les diverses formes de la vie consacrée, est 
une réalité indispensable au mystère de l’Eglise, comme Peuple qui appartient à Dieu, Epouse 
du Christ totalement donnée à son Epoux. La vie consacrée illustre le mystère de l’Eglise et 
accomplit sa vocation.
En ce jour, demandons à Marie de nous apprendre à dire « oui » à Dieu, et à 
participer activement à son œuvre en vivant l’obéissance filiale selon le Christ.
† Guy de Kerimel
Évêque de Grenoble-Vienne

 

Mgr de Kerimel, homélie du 2 février 2012

Fête de la vie consacrée à la Cathédrale

« Tout premier de sexe masculin sera consacré au Seigneur », était-il écrit dans la Loi. Il était présenté au Seigneur, et l’on offrait en sacrifice, à sa place, une tête de petit bétail. Alors que Pharaon, roi d’Egypte, résistait à laisser partir les Hébreux, Dieu avait fait périr tous les premiers nés de l’homme et du bétail, mais personne chez les Hébreux n’avait été touché par l’Ange Exterminateur. Les premiers nés des Hébreux avaient été préservés, mais la Loi exigeait qu’ils soient consacrés au Seigneur, comme appartenant à Dieu qui leur avait évité le sort des premiers nés Egyptiens. La libération d’Egypte conduit à l’Alliance, conclue au Sinaï, qui établit une relation d’appartenance mutuelle entre Dieu et le Peuple élu. La consécration des premiers nés est un des signes que tout le Peuple élu appartient à Dieu ; elle est comme l’ébauche du sacrifice spirituel que Dieu attend de son Peuple.

Jésus, Fils Premier Né de la Vierge Marie, comme tout premier né juif, est présenté au Temple : Il est de Dieu, Il appartient à Dieu comme Fils Unique, Dieu né de Dieu, et Il est totalement pour Dieu. Déjà Il est offert en sacrifice ; déjà Il est la victime, l’Agneau qui sera immolé, et le Prêtre de l’Alliance Nouvelle. En effet, l’épitre aux Hébreux lui fait dire : « En entrant dans le monde, le Christ dit, d’après le psaume : Tu n’as pas voulu de sacrifices ni d’offrandes, mais tu m’as fait un corps. Tu n’as pas accepté les holocaustes ni les expiations pour le péché ; alors je t’ai dit : Me voici, mon Dieu, je suis venu pour faire ta volonté, car c’est bien de moi que parle l’Ecriture »  (He 10, 5-7). Jésus, le Fils Unique de Dieu, est Celui qui réalise pleinement l’Alliance de Dieu avec l’humanité, par son sacrifice, et permet à tout être humain d’entrer dans une relation d’appartenance mutuelle avec Dieu, dans une relation filiale.

L’Eglise, Corps du Christ, est le Nouveau Peuple de Dieu, Peuple de l’Alliance, Peuple consacré à Dieu, chargé d’offrir à Dieu des sacrifices spirituels. Par la louange, l’adoration, le sacrifice d’action de grâce, particulièrement l’Eucharistie, l’Eglise manifeste qu’Elle appartient à Dieu, par Jésus-Christ. Dans sa lettre aux Romains Saint Paul invite les croyants à s’offrir eux-mêmes : « Je vous exhorte, frères, par la tendresse de Dieu, à lui offrir votre personne et votre vie en sacrifice saint, capable de plaire à Dieu : c’est là pour vous l’adoration véritable. Ne prenez pas modèle sur le monde présent, mais transformez-vous en renouvelant votre façon de penser pour savoir reconnaître quelle est la volonté de Dieu : ce qui est bon, ce qui est capable de lui plaire, ce qui est parfait » (Rom. 12, 1-2).

Ici, lors de la Présentation au Temple, l’offrande de Jésus est réalisée dans l’acte d’obéissance de Marie et Joseph ; plus tard, c’est par son obéissance jusqu’à la mort qu’Il accomplira l’unique sacrifice qui sauve le monde. 

L’obéissance est le cœur de la consécration à Dieu ; elle est l’expression très concrète du don de soi à Celui qui se donne à nous en son Fils Jésus. Savoir reconnaître la volonté de Dieu et l’accomplir est la manière la plus réelle de Lui exprimer  notre amour filial, en réponse à son Amour. L’obéissance selon le Christ est amour, c’est-à-dire don de soi, union des volontés ; ce qui déclenche l’obéissance selon le Christ n’est pas tant un commandement extérieur qu’un élan intérieur d’amour. L’obéissance selon le Christ n’est pas imposée extérieurement par la Loi ; elle est suscitée par l’Esprit Saint au plus profond du cœur. Saint Thomas d’Aquin disait de l’Esprit Saint qu’Il est la Loi nouvelle déposée dans les cœurs ; Loi de liberté, Loi d’Amour. L’Esprit Saint met dans le cœur des croyants le désir d’être du Christ, de Dieu, à Dieu, pour sa gloire et le salut du monde. D’où certains prénoms chrétiens comme Cyrille ou Dominique, qui veulent dire « du Seigneur », et d’autres…

La vie consacrée, dans l’Eglise, est un don de l’Esprit Saint et un signe qui rappelle à tous les chrétiens qu’ils ont à faire de leur vie un don d’amour à Dieu, en recherchant toujours sa volonté dans tout ce qui fait leur vie. Il est souhaitable que Dieu suscite, dans l’Eglise, des vocations à la vie religieuse et aux autres formes de vie consacrée, car nous avons besoin de nous rappeler sans cesse que nous appartenons à Dieu et que notre vie chrétienne est une vie filiale, une vie offerte dans l’offrande du Christ. Il est nécessaire que les consacrés redécouvrent à tout le Peuple de Dieu le sens de l’amour qui se concrétise par l’obéissance ou union de notre volonté avec la volonté de Dieu. Ce don de soi demande des renoncements, mais il n’est pas une démission de la volonté : il ne s’agit pas de ne plus vouloir, mais de vouloir ce que Dieu veut. C’est le secret de la vraie liberté, celle qui conduisait Jésus et le rendait vainqueur de tout.

Comment signifier à un monde très marqué par le subjectivisme, par la culture de l’autoréalisation, la beauté et la bonté de l’obéissance dans le Christ ? En donnant à voir la joie qu’il y a à entrer dans la dépendance de l’amour et la fécondité de cette vie donnée. L’individualisme peut conduire à la solitude et l’isolement, la consécration  à Dieu dans l’obéissance filiale ouvre à une qualité de relations interpersonnelles et communautaires qui produisent la solidarité, la communion, la confiance, la fraternité. « L’homme ne se trouve que dans le don désintéressé de lui-même » disait le Concile : l’obéissance comme expression du don de soi à Dieu est le chemin le plus court pour advenir à soi-même, en renonçant à soi.

Certes l’obéissance filiale a conduit Jésus sur la croix ; le chemin des disciples du Christ passe toujours par la croix. Mais celle-ci est la plus haute expression de l’amour, dans notre monde blessé ; elle réalise l’amour jusqu’au bout qui est notre vocation à tous. Elle est la victoire de l’amour que rien n’a pu faire renoncer, que rien n’a pu vaincre. La consécration à Dieu, dans la force de l’Esprit Saint, nous conduit à prendre le chemin de l’obéissance, le chemin de la dépendance de l’amour, pour participer à la victoire du Christ, pour collaborer efficacement à son œuvre. 

Pour répandre son Amour dans le monde, Dieu sollicite la disponibilité radicale d’hommes et de femmes prêts à répondre à son appel : « Me voici, Seigneur, je viens faire ta volonté » ! Cet appel est une invitation à tout quitter et surtout à se quitter soi-même, pour entrer dans le projet de Dieu, et retrouver en Lui bien plus, infiniment plus, que tout ce que nous avons dû lâcher. La remise de soi à Dieu dans l’obéissance filiale, la disponibilité totale du cœur, la dépossession, qui se réalise à travers les diverses formes de la vie consacrée, est une réalité indispensable au mystère de l’Eglise, comme Peuple qui appartient à Dieu, Epouse du Christ totalement donnée à son Epoux. La vie consacrée illustre le mystère de l’Eglise et accomplit sa vocation.

En ce jour, demandons à Marie de nous apprendre à dire « oui » à Dieu, et à participer activement à son œuvre en vivant l’obéissance filiale selon le Christ.† Guy de KerimelÉvêque de Grenoble-Vienne

 

Homélie de Mgr Guy de Kerimel, Evêque de Grenoble-Vienne

Messe du 2 février 2010 – Cathédrale de Grenoble

Fête de la Présentation du Seigneur - Journée de la vie consacrée

« Tout premier né de sexe masculin sera consacré au Seigneur », disait la Loi de Moïse, en souvenir de la libération d’Egypte ; alors, les premiers nés des Hébreux avaient été préservés de la mort, tandis que les premiers nés des Egyptiens mouraient. Depuis lors, les Juifs présentaient leur premier né de sexe masculin au Seigneur.

Avec la présentation de Jésus est annoncé son sacrifice, l’offrande parfaite qu’Il fera de lui-même au Père sur la croix ; Il est déjà l’Agneau offert à Dieu. C’est par Lui que nous avons accès auprès du Père, que nos prières et nos offrandes sont présentées au Père ; c’est par Lui, avec Lui et en Lui que toute l’humanité et, avec elle, la création font retour au Père de tout ce qu’elles ont reçu de Lui. Dans sa consécration, Jésus consacre le monde entier à Dieu le Père dans la puissance de l’Esprit Saint.

Être consacré à Dieu, c’est Lui appartenir, être ordonné à sa Gloire ; pour l’être humain, c’est vivre à partir de Lui et pour Lui, en cherchant à accomplir sa volonté, en vivant en dépendance de Lui. Tous les baptisés que nous sommes avons été consacrés ; nous participons à la consécration du Christ, Prêtre, Prophète et Roi, pour vivre et agir au nom de Jésus et pour Dieu le Père, sous la mouvance de l’Esprit Saint. En vivant leur consécration baptismale, les chrétiens libèrent le monde de son repli mortel sur lui-même, et lui permettent de retrouver sa finalité, et de tendre à son accomplissement.

Nous vivons dans un monde qui ne veut se recevoir de personne d’autre que de lui-même, qui veut être à lui-même sa propre fin. La culture contemporaine développe l’individualisme, et le « moi » humain devient le centre du monde autour duquel tout doit tourner. Cet enfermement du monde sur lui-même le conduit à la mort, car il se coupe de sa source et de sa finalité. L’aspiration au bonheur, présente dans le coeur de tout homme, n’ayant pas d’autres perspectives que les limites de notre monde, conduit nos contemporains à chercher frénétiquement à profiter au maximum de la vie. On ne supporte pas les contrariétés, les crises, les difficultés et leur dépassement progressif ; on veut tout, tout de suite. On n’hésite pas à détruire ce qui a été construit pendant des années pour chercher un bonheur fugitif apparemment plus facile. On est prêt à utiliser les autres ou à les écraser, quand il y va de sa propre réussite. Au coeur de ce monde les baptisés indiquent un autre bonheur plus profond, qui correspond aux désirs secrets du coeur humain. Ils sont un signe sur le chemin du bonheur.

Parmi les baptisés, certains et certaines sont appelés à aller jusqu’au bout de cette consécration, à l’imitation du Christ pauvre, chaste et obéissant ; Jésus est le Consacré par excellence.

La vie consacrée est un don de l’Esprit Saint à l’Eglise. Des hommes et des femmes se donnent totalement à Dieu en renonçant au mariage et en livrant toutes leurs capacités d’aimer à Dieu, pour L’aimer par-dessus tout sans autre exclusive, et pour rayonner sa charité dans le monde. Au coeur du monde, les consacrés disent Dieu par leur état de vie ; ils sont perçus comme des hommes et des femmes de Dieu, libres pour Dieu, Lui appartenant totalement puisqu’ils ont renoncé à tout pour Lui. Le célibat consacré leur donne une disponibilité de coeur pour être tout à Dieu et tout à tous. Ils sont pour nos contemporains prisonniers de leur solitude et de ce monde sans but un espace d’écoute et de liberté, l’assurance que Dieu ne les abandonne pas. Que de témoignages de rencontres simples et profondes vous pourriez nous donner ce soir, chères soeurs, chers frères.

Le célibat pour Dieu est le signe de la charité divine qui comble un coeur et un corps, signe de la présence de l’amour de Dieu parmi les hommes. « Nous, nous avons reconnu et nous avons cru que l’amour de Dieu est parmi nous », écrit saint Jean dans sa première lettre à propos de Jésus le Fils de Dieu ; oui, en Jésus, l’amour de Dieu est parmi les hommes ; et la vie consacrée en est un signe éloquent. La vie des consacrés « constitue une mémoire vivante du mode d’existence de Jésus comme Verbe incarné par rapport à son Père et à ses frères », disait Jean-Paul II, dans l’exhortation apostolique « Vita Consecrata ». C’est une vie appelée à se décentrer sans cesse de soi-même ; c’est une vie « pour » ; pour aimer de la façon la plus théologale et la plus universelle, pour aimer à la manière de Dieu.

La vie consacrée est en soi une bonne nouvelle ; elle est signe de la transformation que la grâce de Dieu peut opérer dans une vie, en la libérant de la triple tentation de la richesse, de la chair et de l’orgueil. Elle témoigne de Dieu, et du monde à venir ; elle ouvre ceux qui la rencontrent à la question du sens de la vie.

Pourquoi ce genre de vie si contraire à la culture hédoniste dans laquelle nous vivons ? Pourquoi ou pour Qui ? Quel est le secret de ces hommes et de ces femmes qui ne se marient pas et qui renoncent à faire carrière ?

La vie consacrée est signe de contradiction au coeur de notre monde. Elle montre les limites et la finitude des réalités d’ici-bas. Elle témoigne que les choses de ce monde ne prennent leur consistance qu’en s’ouvrant à plus haut qu’elles, en étant reliées à leur source et à leur finalité.

La vie consacrée est un grand signe d’espérance. Elle aide les baptisés à ne pas se laisser enfermer dans les pièges de la culture actuelle, en leur rappelant que notre destinée ultime ne se trouve pas dans les réalités de ce monde. Il n’est pas possible de vivre sereinement notre foi chrétienne en ce monde sans avoir une connaissance de notre destinée ultime, sans savoir quel est le vrai bonheur qui nous attend. La vie consacrée est une anticipation du monde à venir ; elle atteste que le bonheur plénier de l’être humain se trouve en Dieu, et que c’est en vivant pour Dieu et pour les autres que l’on se réalise. « L’homme ne peut se trouver que dans le don désintéressé de lui-même », dit le Concile Vatican II (Gaudium et spes, 24).

La vie consacrée est aussi un signe d’espérance pour les non-croyants. Notre monde sans transcendance peine à penser l’avenir ; il le fait dans l’inquiétude, la peur, parfois la panique. La fidélité à l’appel, à travers les vicissitudes de la vie, est un soutien pour ceux qui sont tentés de se décourager dans les épreuves, ne sachant pas le sens de tout cela. Le regard fixé sur Dieu, Principe et Fin de toute chose, les consacrés témoignent d’un avenir possible.

En cette fête de la Présentation de Jésus au Temple, je veux rendre grâce pour la vie consacrée dans notre diocèse, et je demande à Dieu de continuer à susciter dans notre Eglise diocésaine des vocations à la vie consacrée. Elle est particulièrement précieuse dans les temps qui sont les nôtres.

De même, je vous invite, vous les consacrés, à être fidèles à la grâce qui vous a été faite. Appuyez-vous sur votre relation au Christ, sans Lequel cette forme de vie est impossible ; c’est Lui qui vous donne ce coeur universel qui vous permet inlassablement d’aller au-devant des hommes et des femmes de notre temps, de persévérer dans votre humble service des plus pauvres et de rayonner la joie de l’espérance et du don de soi.


Histoire de mon appel... Soeur Catherina de la Communauté des Béatitudes

Interview réalisé par Mathias Therrier de Radio Présence Lourdes le 11 Juillet 2010


 

ci-dessus : les voeux de Léonie

ci-dessous : vidéo Frère, une vie consacrée pour éduquer

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